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Democratic Republic of the Congo - Les forêts tropicales sont des lieux magiques. À l’intérieur de la canopée, des arbres gigantesques et des plantes vertes abritent des milliers d’oiseaux, d’animaux et d’insectes, formant ainsi l’un des écosystèmes les plus riches et les plus diversifiés de la Terre. Mais elles font actuellement face à des menaces sans précédent.

La dégradation des sols et la déforestation, ainsi que la hausse des températures, les pluies de plus en plus abondantes et les sécheresses prolongées causées par le changement climatique modifient déjà le comportement des arbres. Alors que certaines espèces ont montré leur capacité à s’adapter aux conditions changeantes en dispersant leurs graines plus rapidement, par exemple, d’autres ne semblent apparemment pas disposer des mécanismes nécessaires à leur survie.

Pour Chadrack Kafuti, un ingénieur forestier de 26 ans originaire de la République démocratique du Congo (RDC), ce sombre scénario nécessite davantage de recherches sur ce qui se cache derrière la capacité d’adaptation des arbres au changement climatique. C’est pourquoi il a décidé de devenir un spécialiste de la biologie du bois, déterminé à aider les arbres tropicaux à survivre au réchauffement climatique et à la surexploitation. « Pour que nos forêts continuent de prospérer pour les générations à venir, nous devons d’abord comprendre le fonctionnement des arbres, » explique-t-il.

Certains arbres peuvent ajuster leur consommation d'eau en fonction de la disponibilité

Chadrack Kafuti

LES ARBRES PEUVENT-ILS S’ADAPTER AU CHANGEMENT CLIMATIQUE ?

Pour comprendre les mécanismes d’adaptation des arbres tropicaux, il est essentiel d’examiner de près leurs feuilles et leur bois, explique C. Kafuti. La relation entre leurs caractéristiques, telles que la forme, la structure, les propriétés chimiques et le fonctionnement, rend les espèces plus ou moins vulnérables au stress hydrique et aux conditions météorologiques instables.

Dans le cadre d’un projet visant à étudier la capacité des arbres tropicaux à réagir aux changements environnementaux, l’équipe de C. Kafuti a observé les compromis fonctionnels entre le bois et les feuilles. « Nous avons constaté qu’il y avait une coordination entre le bois, responsable de l’approvisionnement en eau, et les feuilles, responsables de l’utilisation de l’eau, pour lutter pour la survie. Certains arbres peuvent ajuster leur consommation en fonction de la disponibilité en eau. »

C. Kafuti et ses collègues ont étudié les caractéristiques des branches et du tronc des différentes hauteurs de la couronne des arbres. Ils ont constaté que ceux au sommet avaient mieux développé ce mécanisme de coordination. « Dans la partie haute du houppier, l’environnement est plus extrême et variable. Ces branches sont donc devenues plus efficaces dans l’utilisation de l’eau », déclare-t-il, concluant que même si une seule espèce pouvait être en mesure de faire face au changement climatique, ses arbres « ne seront pas tous capables de s’adapter de manière efficace ».

SAUVER UNE ESPÈCE D’ARBRE MENACÉE

C. Kafuti se consacre à l’étude de l’Afrormosia (Pericopsis elata), une essence de bois tropical présente en Afrique de l’Ouest et centrale, pouvant atteindre une hauteur totale de plus de 50 mètres. Elle est très appréciée des fabricants de meubles et des architectes d’intérieur du monde entier pour sa haute résistance, ses belles couleurs et sa finition élégante. Cependant, les experts craignent son extinction sauf si son exploitation est réglementée et si sa régénération est assistée.

Son intérêt pour cette espèce a commencé lors de ses études de master en gestion durable des forêts à l’Université de Kisangani, soutenues par le projet FORETS, coordonné par le Centre de recherche forestière internationale (CIFOR) et financé par l’Union européenne. « Pour ma thèse, j’ai eu l’occasion d’effectuer des travaux sur le terrain dans la réserve de la biosphère de Yangambi, une zone protégée au nord de la RDC où existe encore une importante population d’Afrormosia», explique-t-il.

« Je voulais étudier cette espèce car il y avait une demande énorme pour son bois mais nous manquons de connaissances sur la manière de soutenir sa survie à long terme dans le contexte actuel du changement climatique. »

De plus, l’Afrormosia figure à l’Annexe II de la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction (CITES), ce qui signifie que son commerce international fait l’objet d’une surveillance étroite.

À la fin de ses études en 2018, C. Kafuti a été recruté par le département de biologie du bois du Musée royal de l’Afrique centrale en Belgique, où il poursuit ses recherches et soutient l’application de la réglementation sur le commerce du bois de la CITES. Ses recherches portent en particulier sur les attributs biologiques de l’Afrormosia, tels que la croissance et le fonctionnement, afin que l’exploitation et le commerce ne compromettent pas sa survie dans l’ensemble de son aire de répartition naturelle.

   Chadrack Kafuti analyse un échantillon dans le premier laboratoire de biologie du bois de la RDC. Axel Fassio/CIFOR

UN BRILLANT AVENIR

Des années d’instabilité politique ont affecté le capital humain de la RDC. Bien que le pays abrite la deuxième plus grande forêt tropicale du monde, en 2005 seulement six personnes détenaient un diplôme de troisième cycle en foresterie et dans des disciplines similaires. Mais avec l’émergence de jeunes scientifiques brillants comme C. Kafuti, l’avenir de la recherche forestière en RDC est prometteur.

C. Kafuti va prochainement commencer un programme de doctorat entièrement financé à l’Université de Gand en Belgique, en collaboration avec CIFOR et le Musée royal de l’Afrique centrale. « Il y a quelques années, je n’aurais pas pu imaginer cela », dit-il. « Je suis le premier membre de ma famille à avoir fait des études supérieures et je vais maintenant faire un doctorat. »

De plus, en tant qu’enseignant à l’Université de Kinshasa, C. Kafuti est officiellement son plus jeune membre du corps professoral. Interrogé sur ses premiers résultats scolaires, il répond timidement  : « J’ai toujours été le plus jeune de tout, je suppose que je suis maintenant habitué. »

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Cette recherche fait partie du Programme de recherche du CGIAR sur les forêts, les arbres et l'agroforesterie, qui est soutenu par les Donateurs Fonds CGIAR.
Cette recherche a été possible grâce à l'aide financière du fond l'Union européenne