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Le pourquoi de la foresterie sociale, ou comment sécuriser la sève ?

La sécurité foncière des systèmes forestiers peut aider les communautés à stabiliser leur économie et à réduire les conflits
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Dedi Aprianto (32), recueillant de la résine d’un arbre damar dans le village de Pahmongan. CIFOR Photo/Ulet Ifansasti

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Indonesia - Dedy Aprianto fait son sac et commence à marcher depuis son domicile dans le village de Pahmungan, dans la province de Lampung à Sumatra. Quelques heures plus tard, il atteint une petite hutte d’un mètre carré dans la forêt et déballe son équipement.

Il commence à défricher le sous-bois au-dessous de l’arbre damar sur lequel il travaillera. Avec seulement une ceinture tissée en rotin comme harnais, il monte sur les niches triangulaires martelées dans l’arbre lors de la récolte précédente pour recueillir la sève, qui sera utilisée dans des produits allant de la nourriture au vernis et à l’encens. Utilisant les anciennes niches comme points d’appui, il grimpe sur l’arbre pour sculpter de nouveaux recoins.

Les gens de Pahmungan, un petit village adjacent au parc national de Bukit Barisan Selatan à l’extrémité sud-ouest de Sumatra, ont utilisé le damar comme principale source de revenus pendant plus d’un siècle.

« Cet arbre a environ 50 ans », dit D. Aprianto. « Il a été transmis depuis des générations. C’est la terre de notre famille, et le damar est la principale source de subsistance pour notre communauté. »

Cependant, la terre a été un lieu de contestation, car les changements gouvernementaux en matière de statuts fonciers se sont heurtés aux pratiques foncières coutumières.

De 2014 à 2017, des chercheurs du Centre pour la recherche forestière internationale (CIFOR) ont étudié les problèmes d’insécurité foncière dans le cadre de l’Étude comparative globale sur la réforme foncière forestière (GCS-Tenure).

« Le village de Pahmungan a été choisi comme l’un des sites de recherche en raison de ses problèmes liés aux droits des communautés », explique le scientifique du CIFOR et coordinateur du projet, Tuti Herawati. « La certitude sur la terre dans le village constituait un sujet important pour l’apprentissage. »

Ils ont constaté que la mise en œuvre de programmes de foresterie sociale pourrait être la réponse aux défis latents.

À LA FRONTIÈRE

Damar (également orthographié dammar) provient de divers arbres diptérocarpiques – des feuillus longs et hauts, souvent dénudés de branches jusqu’au sommet. Originaires des forêts humides des plaines tropicales, les arbres damar vivent dans toute l’Indonésie, ainsi que dans d’autres parties de l’Asie du Sud-Est.

« Le repong damar a été géré par la communauté et transmis de génération en génération », explique T. Herawati à propos de Pahmungan. « Mais dans les années 1990, cette zone a été délimitée en tant que forêt domaniale. »

Cependant, en 1991, le gouvernement indonésien a modifié le statut de ces forêts de damar pour en faire des forêts de production limitée appartenant à l’État. Cela a déclenché une résistance de la part de la communauté.

Finalement, le ministère de l’Environnement et des Forêts a écouté. Dans son Décret spécial n ° 47 de 1998, le Ministère a désigné environ 29.000 hectares de repong damar comme cas spécial au sein de la forêt de production limitée dans la région de West Lampung Regency : un Kawasan dengan Tujuan Istimewa (KDTI) ou ‘zone à usage spécial’.

En tant que KDTI, le statut de la forêt demeure la propriété de l’État, mais sa gestion est confiée aux populations locales, afin qu’elles puissent continuer leurs pratiques de repong damar.

Pourtant – sans la sécurité foncière qui vient avec des systèmes de foresterie sociale – les villageois craignent que le gouvernement puisse à nouveau changer le statut foncier, et ils perdraient ainsi l’accès à la forêt et à leur source de revenus.

Cette insécurité suscite également des différends sur la frontière entre le KDTI et la zone de production limitée.

« La forêt de production limitée de Pesisir Barat Regency couvre environ 33.350 hectares, et une partie de celle-ci borde directement le repong damar de la communauté », explique Enny Puspasari, de l’Office des forêts de la province de Lampung.

« Pour résoudre ces différents conflits fonciers, je crois que les programmes de foresterie sociale sont la meilleure solution pour Lampung », dit-elle.

   Des femmes traversant la rivière Way Bulak à pied en transportant de la résine des champs au village. Photo CIFOR
   Zuhaidi (34), et Dedi Aprianto (32), recueillant la résine d'un arbre damar. Photo CIFOR / Ulet Ifan

REPÈRES DE PRIX

Pendant les récoltes de damar, on voit un groupe de femmes défiler dans la forêt, bravant des rivières et des ruisseaux sans ponts avec de lourds sacs sur le dos.

Cela fait partie de l’économie locale : des fermiers de damar comme D. Aprianto paient des villageoises pour ramener leur résine récoltée au village.

Dahniar est une de la douzaine de ces femmes. « Je reçois 600 roupies [environ 0,04 USD] par kilo », explique-t-elle. « Parfois, je ne peux ramener à la maison que 15 000 roupies [1,10 USD], mais il y a des jours où je peux gagner jusqu’à 50 000 roupies [3,65 USD] pour deux voyages par jour. »

Les chercheurs ont constaté qu’environ 60% de la communauté dépend du repong damar pour son revenu.

Mais l’économie n’est pas stable. Sans les droits issus des systèmes de foresterie sociale, la communauté n’a pas de pouvoir de négociation pour fixer le prix de la sève de damar et l’empêcher de fluctuer.

Cela met non seulement les moyens de subsistance locaux mais aussi la forêt en danger, car cela peut conduire à l’abattage des arbres pour plus d’argent.

« Les communautés sont confrontées à de nombreux défis dans la gestion du repong damar à Lampung », dit Rini Pahlawati de Watala Lampung, une ONG environnementale qui crée des campagnes de sensibilisation du public sur l’importance locale du repong damar. « Watala aide la communauté à gérer durablement le repong damar et à établir des ponts avec le gouvernement. »

“The community members we talk to want certainty about their land rights,” says Herawati. “To achieve this, they are willing to consider participating in the government’s social forestry program.”

« Les membres de la communauté à qui nous parlons veulent avoir des certitudes sur leurs droits fonciers », explique T. Herawati. « Pour y parvenir, ils sont prêts à envisager de participer au programme de foresterie sociale du gouvernement. »

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Pour plus d'informations sur ce sujet, veuillez contacter Tuti Herawati à l'adresse courriel suivante t.herawati@cgiar.org ou Esther Mwangi à l'adresse courriel suivante e.mwangi@cgiar.org.
Cette recherche fait partie du Programme de recherche du CGIAR sur les forêts, les arbres et l'agroforesterie, qui est soutenu par les Donateurs Fonds CGIAR.