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Depuis près de dix ans, Fatouma Otoke dirige une micro-entreprise qui récupère les déchets de bois pour produire du charbon écologique. Son objectif est de fournir aux habitants de Kisangani, le troisième plus grand centre urbain de la République démocratique du Congo (RDC), une option durable pour la cuisson de leurs repas.

La Compagnie Forestière et de Transformation (CFT), une entreprise forestière qui gère une scierie industrielle, lui fournit la matière première dont elle a besoin. En contrepartie d’une somme modique, les employés aident à couper les déchets de bois en petits morceaux. F. Otoke n’a plus qu’à les collecter et les faire transporter vers un champ voisin, où elle peut construire une meule pour la carbonisation.

Son entreprise est réputée auprès des consommateurs, même si le charbon écologique qu’elle vend coûte légèrement plus cher que le « makala » courant (comme le charbon de bois est connu en RDC). Elle attribue son succès en partie à son emplacement privilégié situé le long de la route qui relie l’aéroport à la ville. Mais, plus important encore, dit-elle, parce que le bois dur tropical utilisé dans la scierie produit un charbon d’excellente qualité qui brûle plus longtemps. Son produit représente alors une option très attrayante pour les petites entreprises et les clients aisés.

   Le charbon de bois produit à partir des déchets de bois est de bien meilleure qualité que celui disponible au grand public. Photo : Axel Fassio/CIFOR

Tout comme F. Otoke, 20 autres femmes participent à la même activité économique de récupération des déchets de bois de la scierie pour produire et vendre le charbon. Alors qu’elles opéraient auparavant en tant que productrices individuelles, elles bénéficient depuis 2020 du soutien du Centre de recherche forestière internationale (CIFOR) et de l’Union européenne pour se regrouper au sein de l’Association des femmes valorisatrices des déchets de scierie (AFEVADES). L’objectif est de les aider à accroître leur part sur le marché local du bois énergie.

Élue présidente de l’association, F. Otoke affirme que « la mise en commun de nos ressources nous permet de devenir plus rentables et de développer nos activités ». Ses membres font désormais des économies en recrutant conjointement des personnes pour les tâches les plus lourdes et en louant des équipements tels que des roues de charrette. Grâce à ces revenus supplémentaires, elles peuvent envoyer leurs enfants à l’école et subvenir aux besoins de leurs foyers.

En RDC, la production de charbon est un secteur traditionnellement masculin, mais F. Otoke et ses collègues n’hésitent pas à combattre les stéréotypes de genre. En réalité, une étude récente du CIFOR montre que les femmes jouent progressivement un rôle de plus en plus important dans les chaînes de valeur du charbon en Afrique subsaharienne.

   (1) Ramassage des déchets de bois à la scierie de la CFT. Photo : Axel Fassio/CIFOR
   L'association rémunère une personne pour transporter le bois jusqu'à son champ. Photo : Axel Fassio/CIFOR

Les rendements comptent

 Outre l’amélioration des compétences commerciales, le CIFOR travaille également avec l’AFEVADES pour accroître les rendements lors de la carbonisation. Sans formation formelle, ses membres n’ont eu d’autre choix que d’apprendre sur le tas. Toutefois, grâce aux petites innovations qui leur sont maintenant enseignées dans le cadre d’un programme de formation participative, comme laisser de l’espace pour que l’air circule dans la meule, ou recouvrir le bois de feuilles, les rendements peuvent être beaucoup plus élevés.

D’après F. Otoke, avec la même quantité de bois qu’il leur fallait auparavant pour produire trois sacs de charbon, elles peuvent désormais en produire six.

   Les femmes trient le bois par essence et par taille afin d'assurer un rendement optimal. Photo : Axel Fassio/CIFOR
   Entretien d'une meule. Photo : Axel Fassio/CIFOR

Faire participer le secteur privé

Pour la CFT, la réduction des déchets relève de sa responsabilité sociale d’entreprise : « Dans le cadre de nos efforts pour la durabilité à long terme, nous avons commencé en 2013 à vendre nos déchets de bois pour une somme modique à des femmes, et avec cet argent nous finançons d’autres activités environnementales et sociales », explique Karim Ammacha, gérant de la CFT.

La création de l’AFEVADES ouvre de nouvelles perspectives : « Maintenant qu’elles ont structuré leur entreprise, nous pouvons formaliser notre collaboration et soutenir des activités de formation par l’entremise du CIFOR », a déclaré K. Ammacha.

   Les employés de la CFT coupent les déchets de bois destinés aux membres de l'AFEVADES. Photo : Axel Fassio/CIFOR
   Le prochain défi pour l'association sera d'augmenter sa capacité de production. Photo : Axel Fassio/CIFOR

Accroître les capacités

Selon F. Otoke, la prochaine étape pour l’AFEVADES sera son expansion. En effet, la CFT prévoit de doubler sa capacité de sciage pour ce mois-ci, ce qui signifie que la quantité de déchets de bois produits mensuellement passera de 250 à 500 mètres cubes, une aubaine qu’elles sont prêtes à saisir.

Cependant, le potentiel de croissance est encore plus important. Située au milieu de la forêt tropicale, Kisangani constitue un centre important d’exploitation forestière artisanale dans le pays.

« Si nous pouvons les aider à trouver un moyen logistiquement réalisable de récupérer les déchets des petites scieries, les femmes pourraient considérablement augmenter leur capacité de production », a exposé Georges Mumbere, expert junior en bois énergie au sein du CIFOR, avant d’ajouter : « Plus elles pourront produire du makala avec les résidus de bois, moins d’arbres seront abattus ».

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Cette recherche fait partie du Programme de recherche du CGIAR sur les forêts, les arbres et l'agroforesterie, qui est soutenu par les Donateurs Fonds CGIAR.
Cette recherche a été possible grâce à l'aide financière de l'Union européenne
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