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La fabrication du charbon de bois en Afrique subsaharienne est une occupation souvent vue comme essentiellement masculine et peu d’études se sont intéressées à ce secteur, actuellement en pleine expansion, notamment pour explorer la dynamique du genre. En réalité, les femmes sont présentes tout au long de la chaîne de valeur – de la production à la vente et au commerce de détail en passant par le transport – et leur travail, vital, permet aux familles rurales de s’en sortir, surtout par les temps difficiles.

Les barrières que rencontrent les femmes non seulement ne permettent pas l’équité dans le secteur sur le plan de la participation et de la répartition des bénéfices, mais elles peuvent aussi saper l’efficience et la durabilité environnementale de la chaîne de valeur dans son ensemble. Alors que la fabrication du charbon de bois se développe pour approvisionner la population du continent qui est en plein essor, il est d’autant plus important d’identifier ces barrières dans chaque pays concerné pour que les politiques publiques puissent y remédier.

Les scientifiques du Centre de recherche forestière internationale (CIFOR) et du Centre international de recherche en agroforesterie (ICRAF) ont récemment réfléchi à un cadre de travail qui prévoit d’intégrer à l’avenir l’analyse des questions de genre dans les travaux de recherche et la définition des politiques publiques concernant le secteur du charbon de bois.

À la suite d’une analyse approfondie des travaux existants, les chercheurs ont aussi réalisé un panorama des informations disponibles sur le genre et les chaînes de valeur du charbon de bois, et décelé les déficits de connaissance pour orienter les recherches futures.

La participation ne suffit pas

D’après cette analyse, il est clair que les données ventilées par sexe sur la chaîne de valeur du charbon de bois sont disparates et souvent limitées à des observations de terrain. Même lorsque l’on dispose de données ventilées par sexe sur la participation et les bénéfices, peu d’études sont consacrées à l’analyse du genre afin d’interpréter les différences observées.

Cependant, l’examen d’articles sélectionnés lors de cette analyse a permis de constater que les femmes prennent part à toutes les étapes de la chaîne de valeur, même si elles sont surtout présentes dans le commerce de détail, et que les productrices sont en général acceptées en dernier ressort. Par conséquent, les obstacles qui empêchent les femmes de participer et de récolter des bénéfices de leur travail peuvent avoir un énorme impact sur leur qualité de vie, surtout étant donné le nombre de productrices qui sont chef de famille.

Toutefois, le fait que davantage de femmes travaillent dans le secteur du charbon de bois n’indique pas nécessairement une plus grande égalité entre les sexes.

L’implication des femmes et des hommes dans le secteur du charbon de bois et les fruits qu’ils en retirent sont très influencés par les différences et les inégalités entre les sexes, qui s’ajoutent à d’autres paramètres tels que l’aisance, la catégorie sociale, la situation matrimoniale et l’âge. Des différences notables ont été remarquées, en particulier en ce qui concerne l’accès aux ressources de production et aux revenus (comme à leur contrôle), le capital social et politique, et les rôles et responsabilités en fonction du sexe.

Par exemple, d’après les études, les femmes tendent à produire moins de charbon de bois que leurs homologues masculins, souvent parce qu’elles ne disposent pas, ou peu, d’outils et d’informations et qu’elles accèdent plus difficilement à un travail. Là où des associations de producteurs gèrent les permis et le renforcement des capacités, la sous-représentation des petites productrices peut aggraver les disparités.

De même, les transporteuses véhiculent en général moins de sacs par voyage en raison des difficultés rencontrées pour obtenir un véhicule, tandis que l’inégalité dans l’accès au financement ne leur permet pas de stocker le charbon de bois ni de traiter de gros volumes.

Ces observations illustrent comment les inégalités entre les sexes peuvent restreindre la capacité des femmes à gagner plus d’argent en augmentant leur production, en vendant plus de volume et en accédant à des marchés plus rémunérateurs.

Dans le secteur du charbon de bois, qu’il soit formel ou informel, les femmes sont aussi désavantagées sur le plan de la capacité financière et des appuis politiques. Les productrices et les commerçantes de détail peuvent avoir du mal à respecter la réglementation nationale sur le charbon de bois, à cause, par exemple, des inégalités qui les empêchent d’accéder aux informations, aux outils et à la mobilité, d’avoir leur mot à dire dans les finances du ménage, et de bénéficier d’un soutien politique.

Même si ce n’est pas toujours le cas, la pauvreté et les inégalités poussent souvent les femmes vers le secteur du charbon de bois, ce qui renforce la thèse qu’un plus grand nombre de femmes n’est pas forcément un signe positif.

L’impact de la production de charbon de bois sur l’environnement illustre parfaitement la situation.

Certaines études ont fait ressortir que les effets négatifs en la matière touchent beaucoup plus les femmes parce qu’elles tirent moins de revenus du bois de chauffe et des produits forestiers non ligneux à cause de la déforestation et de la dégradation des forêts.

Alors que la production de charbon de bois mine les autres sources de revenus des femmes, celles-ci peuvent se retrouver forcées de rejoindre ce secteur en plus grand nombre. Avec le temps, les arbres deviennent plus rares et les sites de production s’éloignent des villages. Ceci peut compliquer encore plus la vie des femmes là où la société n’accepte pas qu’elles travaillent loin de leur domicile et de leur famille.

Par ailleurs, les inégalités entre les sexes peuvent se répercuter sur la durabilité de la chaîne de valeur. Par exemple, selon une étude au Cameroun, les pratiques de récolte des femmes nuisaient plus à l’environnement que celles de leurs homologues masculins. Ceci a été imputé au fait que les femmes utilisaient des outils plus rudimentaires, ce qui les conduisait à couper des arbres plus jeunes et plus petits, situés près de leur maison.

   L’implication des femmes et des hommes dans le secteur du charbon de bois est très influencée par les différences et les inégalités entre les sexes. Axel Fassio/CIFOR

Il faut s’atteler aux questions sans réponse

Les problèmes liés au genre affectent ceux qui participent à l’une ou l’autre des étapes de la chaîne de valeur du charbon de bois, et en récoltent les bénéfices. Ils pèsent aussi sur l’efficience et sur la durabilité d’un secteur qui impacte les moyens de subsistance de millions de personnes en Afrique subsaharienne.

Afin de mieux comprendre la dynamique du genre dans le secteur du charbon de bois, nous avons besoin de données systématiques et fiables sur la participation, ventilées par sexe, et de davantage d’études sur la dynamique du genre en aval de la filière où la proportion de femmes est plus importante. Il conviendrait aussi d’examiner de près l’influence des normes de genre et des relations entre les sexes sur des facteurs comme l’organisation institutionnelle et celle de la gouvernance ou l’impact sur l’environnement et sur la société, et vice versa.

L’étude menée par le CIFOR et l’ICRAF propose un cadre conceptuel pour guider les futures recherches sur ces divers sujets, ce qui permettrait de concevoir des politiques publiques plus performantes et de combattre la marginalisation des femmes. Elle encourage l’analyse sous divers angles, partant du pouvoir de décision dans le ménage aux institutions et normes communautaires en passant par les cadres juridiques.

Ce cadre conceptuel vise à explorer l’influence des relations entre les femmes et les hommes et de leurs rôles respectifs, associés à des facteurs tels que l’âge, la catégorie sociale et l’origine ethnique, sur la motivation des unes comme des autres à travailler dans le secteur du charbon de bois, ainsi que sur les coûts et avantages y afférents.

L’intention est aussi de montrer que les différences et les inégalités entre les sexes dans la chaîne de valeur ont une incidence sur sa structure, sur son efficience et sur sa durabilité, et de mettre en lumière l’impact général des normes et des relations entre les sexes sur la nature et l’ampleur de la participation des femmes et des hommes.

Il est important de souligner que les données disponibles révèlent la nécessité de placer l’analyse du genre au cœur des études et des interventions sur la chaîne de valeur du charbon de bois, au lieu de considérer que cette analyse est un complément périphérique des activités du projet pouvant être bâclé.

Le secteur du charbon de bois se développe, car c’est une source d’énergie abordable pour la population croissante du continent et qui procure aux populations rurales et périurbaines un revenu bien nécessaire.

Cette étude fait le bilan des connaissances actuelles sur le genre et les chaînes de valeur du charbon de bois et présente des conseils pour agir sur les importantes et nombreuses questions qui restent sans réponse. La mise en œuvre de ces conseils permettra de guider les politiques publiques et les interventions relatives au secteur du charbon de bois pour le bénéfice des populations et de l’environnement sur l’ensemble du continent.

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Pour plus d'informations sur ce sujet, veuillez contacter Markus Ihalainen à l'adresse courriel suivante m.ihalainen@gmail.com.
Cette recherche fait partie du Programme de recherche du CGIAR sur les forêts, les arbres et l'agroforesterie, qui est soutenu par les Donateurs Fonds CGIAR.
Cette recherche a été possible grâce à l'aide financière du fond de l'Union européenne.
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