Analyse

Le COVID-19 ne doit pas détourner l’UE et ses partenaires des résultats acquis dans le commerce légal du bois

Loin de stimuler le commerce, cela ne ferait qu’ébranler la confiance chèrement acquise auprès des investisseurs et consommateurs.
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Les hommes emballant des bûches à l’arrière d’un camion, un lieu commun dans toute la ville de Jepara, en Indonésie, qui fabrique des meubles. Photo : Deanna Ramsay/CIFOR

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Cet article est la traduction de l’originel publié en anglais par « Mongabay » le 2 juillet 2020.

Ces 15 dernières années, l’Union européenne (UE) et les pays producteurs de bois tropical ont élaboré des mécanismes de collaboration innovants pour lutter contre l’abattage et le commerce de bois illicites, et garantir que le bois importé par l’UE est issu de sources légales vérifiées. La nature du problème est complexe, les solutions doivent être négociées, testées, contrôlées, améliorées, puis négociées à nouveau, au gré des changements de priorité politiques qui s’opèrent au fil du temps.

Nonobstant une progression pas toujours linéaire, nombre des observateurs de la première heure partagerons l’opinion que les progrès dans cette collaboration ont été continus.

Aujourd’hui, la pandémie du coronavirus malmène l’économie mondiale et les gouvernements sont tentés de relâcher leurs efforts. Mais ce serait une erreur.

Loin de doper le commerce, diminuer les efforts déployés pour garantir la légalité du bois ne ferait qu’ébranler la confiance chèrement acquise auprès des investisseurs et consommateurs européens qui réclament une utilisation responsable des ressources – une tendance qui sera certainement renforcée avec l’application du Pacte vert pour l’Europe et la Stratégie de l’UE récemment publiée en matière de biodiversité à l’horizon 2030.

Dernièrement, par exemple, l’Indonésie a d’abord pris, puis est revenue, sur la décision de supprimer l’obligation de certification pour les exportateurs de bois, ceci dans l’optique d’atténuer l’impact économique du COVID-19. Ce pays est le premier partenaire de l’UE à s’être totalement conformé aux normes relevant du commerce légal du bois, et après des années de coopération, cette décision a provoqué la stupeur.

L’Indonésie donne ici la mesure de l’importance, et de la fragilité, de la confiance dans la légalité des exportations de bois, à l’échelle mondiale. Au début du siècle, on estimait que 70 % de la production de bois de l’archipel provenait d’abattages illicites. Actuellement, environ la moitié des plantations de bois et des concessions de forêts naturelles sont des sources légales vérifiées. Une étude récente révèle qu’au moins une partie des résultats obtenus sont attribuables à l’Accord de partenariat volontaire (APV) que le pays a négocié et signé avec l’UE, puis mis en œuvre dans le cadre du Plan d’action FLEGT (acronyme anglais pour Applications des règlementations forestières, Gouvernance et Échanges commerciaux) la stratégie de l’UE pour lutter contre l’exploitation forestière illégale.

Les APV ne se négocient, ni ne s’appliquent, facilement. Ils sont perfectibles et leur pertinence doit être interrogée en permanence au travers de discussions constructives entre l’UE et les pays partenaires, mais ils ont également démontré leur capacité à renforcer l’engagement des pays en faveur d’une gestion et d’une gouvernance durables des forêts par la filière bois.

Des études qui viennent d’être publiées, sur l’impact de ces accords permettent de faire un tour d’horizon des avancements à ce jour et de définir la marche à suivre.

Les recherches menées au Cameroun, au Ghana et en Indonésie par le Centre de recherche forestière internationale (CIFOR) et Aide à la décision économique (ADE), et financées par le programme UE-FAO-FLEGT, révèlent que les mécanismes APV mis en place dans ces pays contribuent à faire reculer les taux d’abattage illégal, en particulier au niveau du bois d’œuvre destiné aux marchés d’exportation.

En outre, les APV ont facilité l’application et la vérification des plans de gestion des forêts, renforcées la participation des communautés locales et populations autochtones dans les prises de décision, et encouragé les petites et moyennes entreprises (PME) à travailler de façon plus coordonnée. Des cadres juridiques plus cohérents et mieux respectés sont également le fruit des négociations et de l’application des APV, et permettent à la société civile de mieux s’organiser et de demander des comptes aux pouvoirs publics.

Les avancées sont indéniables, mais comme toujours dans ces entreprises complexes, beaucoup de possibilités demeurent inexploitées. Par exemple, pour la première fois depuis des décennies, les APV ont placé les PME et la filière informelle du bois au sens large au centre des débats politiques, contribuant parfois à l’amélioration des conditions de travail et à plus de transparence.

Pour autant, certains cadres réglementaires mal adaptés empêchent la plupart des PME d’exprimer leur plein potentiel : trop compliqués, trop chers et fastidieux, ils finissent par étouffer l’esprit d’innovation et la valeur ajoutée, tout en étant foncièrement incapables d’évaluer les impacts de ces PME sur l’environnement. La question est d’une importance capitale, et doit être saisie par les parties prenantes du FLEGT pour voir ce qui pourrait être fait différemment afin de renforcer l’effet positif des APV, en s’appuyant sur les données disponibles pour ajuster les stratégies le cas échéant.

Les résultats soulignent également les domaines qui requièrent des décisions stratégiques. L’UE et les pays partenaires doivent entamer une réflexion sur l’utilisation des ressources : les capitaliser sur les secteurs qui ont le plus progressé, ou les affecter à ceux qui accusent un retard (la lutte contre la corruption par exemple) ; sur comment continuer à avancer sur certains sujets alors que les financements s’amenuisent (le soutien aux OSC et populations autochtones) ; et sur comment les pays d’une même région peuvent coordonner leurs actions pour éviter une concurrence déloyale. Les pays partenaires doivent aussi commencer à mesurer les impacts de leurs propres interventions pour servir de base à des décisions éclairées, or ces évaluations font encore largement défaut.Finalement, malgré toutes leurs lacunes, les APV ont permis aux pays producteurs et entreprises du bois de se forger une réputation de partenaires commerciaux fiables et ont inspiré une meilleure gouvernance dans des domaines extérieurs aux forêts. Ce n’est pas un mince exploit, sachant que préserver la confiance dans la légalité de la production et des exportations de bois représente un impératif tant pour le maintien des moyens de subsistance que pour l’environnement – la condition sine qua non pour protéger les forêts d’aujourd’hui et de demain.

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Cette recherche fait partie du Programme de recherche du CGIAR sur les forêts, les arbres et l'agroforesterie, qui est soutenu par les Donateurs Fonds CGIAR.
Cette recherche a été possible grâce à l'aide financière du programme UE-FAO-FLEGT.
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