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Le temps presse : vers une gestion durable du bois énergie en Afrique subsaharienne

Comment transformer le bois en source d’énergie propre et abordable pour répondre aux besoins alimentaires, de nutrition et de subsistance
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Jour de marché à Yanonge – RDC Photo : Axel Fassio/CIFOR

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Selon un rapport régional de l’Agence internationale de l’énergie, le bois énergie, qui est une source d’énergie renouvelable essentielle en Afrique, continuera de jouer un rôle central jusqu’en 2040. Sur le continent, la très forte croissance démographique pose un défi de taille : celui de répondre à la demande sans compromettre ses forêts.

« Nous devons nous montrer efficaces et innovants dans nos interventions pour réduire la demande et rendre l’approvisionnement en bois énergie plus durable », a déclaré Xia Zuzhang, spécialiste de la foresterie à l’Organisation pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), l’agence spécialisée des Nations Unies. Il s’est exprimé sur la question des chaînes de valeur durables du bois énergie en faveur de la sécurité alimentaire en Afrique subsaharienne lors de la conférence en ligne du Forum mondial sur les Paysages (GLF), qui s’est tenue à Bonn en Allemagne la semaine dernière. 

Selon un rapport récent sur les progrès des Objectifs de Développement Durable (ODD) en matière d’énergie propre et abordable, 2,8 milliards de personnes dans le monde n’ont pas accès à des solutions de cuisson propre, et la plupart sont largement tributaires du bois et des arbres prélevés dans les forêts. En Afrique, d’après la FAO, environ 63 pour cent des foyers utilisent du bois énergie pour la préparation des repas.

Les alternatives plus propres, telles que l’énergie solaire, le nucléaire ou l’éolien, ne sont souvent pas encore viables car le coût du kilowattheure, ou de la maintenance exigée par ces infrastructures, est trop lourd pour la majorité des populations et des gouvernements de la région.

L’utilisation et la production de charbon de bois et de bois de chauffe ne jouissent pas d’une bonne image. « Les gens ont souvent une fausse idée du concept de bois énergie », fait remarquer Ruben Walker, dirigeant et fondateur de l’entreprise African Clean Energy (ACE).

Les conséquences de cette fausse idée, poursuit-il, sont que les gouvernements finissent par prendre des mesures d’interdiction ou de restriction du commerce du bois énergie, qui privent les populations de leurs moyens de subsistance traditionnels.

« La mise en place d’une interdiction vise à contrôler la production et le commerce du bois énergie, mais pas nécessairement sa consommation », souligne Phosiso Sola, une scientifique qui étudie, avec le Centre International pour la Recherche en Agroforesterie (ICRAF), la gouvernance des ressources naturelles, la bioénergie et le développement des chaînes de valeur durables dans l’agroforesterie.

« Une interdiction n’affecte pas la totalité d’une chaîne de valeur et n’atteint généralement jamais les objectifs fixés », commente-t-elle. À la place, ajoute-t-elle, la demande explose, fait bondir les prix et rend la production attractive, ce qui incite des acteurs étrangers à intégrer la filière et encourage une collecte illégale et non régulée.

La situation est complexe, et trouver des alternatives à l’utilisation non durable du bois énergie requiert des solutions innovantes à multiples facettes ; nombre d’entre elles sont actuellement mises en œuvre et testées dans toute la région. Elles incluent l’amélioration des pratiques de collecte, des moyens d’agir pour les groupes communautaires, une meilleure gestion des paysages et la promotion de technologies innovantes.

Les conférenciers de la séance du GLF, organisée dans le cadre du projet Gouvernance des paysages multifonctionnels (GML) qui est financé par l’Union européenne, ont évoqué certaines difficultés spécifiques et leurs solutions.

Dans ce contexte où le bois énergie est souvent présent sur les marchés locaux, la sécurité alimentaire revient pour les ménages à pouvoir produire, cuisiner, transformer et conserver leur nourriture. Lorsque les populations ont accès à un combustible, elles peuvent préparer des repas en toute sécurité, de façon hygiénique, en faisant bouillir l’eau, cuire la viande et les légumes crus, et en préservant les nutriments. Elles se protègent des maladies en évitant les pathogènes dangereux. Pour assurer leur sécurité alimentaire et subvenir à leurs besoins sanitaires, les populations d’Afrique subsaharienne doivent avoir accès à un approvisionnement en énergie constant.

Cependant, le problème immédiat et largement répandu du commerce et de la production de bois énergie non durable inquiète, du fait de l’épuisement rapide des arbres et donc, de la dégradation des forêts. L’augmentation massive de la population et l’urbanisation galopante exacerbent cette situation, avec 1,5 milliard d’habitants attendus dans les villes africaines d’ici à 2050.

Si le bois de chauffe est plus facilement accessible pour les populations rurales, les populations des villes et de leurs périphéries privilégient le charbon pour la préparation des repas. « La forte urbanisation entraîne un accès inégal à une énergie propre », commente P. Sola. Les ménages urbains disposent d’un choix limité pour cuire leurs aliments, ce qui entraîne un approvisionnement supplémentaire en charbon de bois. Nous devons adopter une approche holistique pour lutter contre ce problème, d’autant qu’il se répand au-delà des frontières. « Le charbon arrive (d’autres pays), ce qui déplace le problème chez les voisins », complète-t-elle.

Au Kenya, le Prosopis juliflora, connu sous le nom de mathenge, ou mesquite, est une essence d’arbre qui a été introduite dans la région dans les années 70 pour atténuer les effets de la désertification. Il représente aujourd’hui un problème de taille pour de nombreuses communautés car cette espèce a envahi de vastes zones de pâture et de culture. La solution a été de promouvoir le Prosopis comme bois de chauffe et matériau pour la fabrication de charbon. La production de charbon à grande échelle à partir de Prosopis est actuellement mise à l’essai comme moyen de limiter sa propagation et de récupérer les terres pour planter des espèces indigènes.

La Zambie a choisi une approche stratégique qui consiste à organiser la production de charbon de bois en associations, grâce auxquelles les groupes de producteurs sont formés à la production durable de charbon. Ils apprennent comment sélectionner les bonnes essences, à abattre ou tailler les arbres pour permettre leur régénération, à choisir les sites appropriés pour l’abattage et à utiliser des fours à charbon améliorés.

« Nous aidons les producteurs de charbon à s’organiser et nous utilisons la pression des pairs pour nous assurer que chaque groupe respecte les directives », explique Musonda Kapena, du Zambia National Forest Commodity Association (ZNFCA).

L’arrivée de réfugiés au Cameroun a accentué la pression sur les forêts et les ressources naturelles. Ces migrations ont poussé la demande de nourriture et de combustible à la hausse et dans la foulée, transformé certaines communautés rurales en petites villes.

« Lorsque l’on aborde le sujet des réfugiés, nous tenons compte du paysage dans sa globalité », explique Abdon Awono, scientifique au Centre de recherche forestière internationale (CIFOR).  Améliorer les systèmes d’utilisation des terres revient à harmoniser durablement les besoins en nourriture et en combustible dans un paysage. Intégrer les arbres, à la fois comme source de nourriture et de combustible, dans les systèmes de production de cultures et d’élevage dans les camps de réfugiés, représente une partie des efforts déployés pour répondre aux besoins des populations déplacées et des communautés locales.

L’entreprise sociale ACE propose aux ménages un système d’énergie hybride pour la préparation des repas. Cette cuisinière hybride brûle efficacement des déchets agricoles ou de la biomasse solide, en allant des déjections animales, branches et brindilles aux briquettes de charbon, sans émettre de fumée toxique. Elle fournit également suffisamment d’électricité pour recharger la batterie du téléphone, et alimenter des éclairages LED ou de petits appareils comme une radio.

Pour R. Walker, qui présentait un prototype de cuisinière au public du GLF 2020 de Bonn, « l’utilisation de la biomasse n’est pas forcément une mauvaise chose ». « Les exemples de bonne utilisation de la biomasse sont nombreux. »

Il est crucial d’investir dans des technologies appropriées, accessibles et à un prix abordable et de soutenir des approches de gestion des paysages intégrée pour transformer l’industrie du charbon et rendre le bois énergie plus durable.

Cette recherche fait partie du Programme de recherche du CGIAR sur les forêts, les arbres et l'agroforesterie, qui est soutenu par les Donateurs Fonds CGIAR.
Cette recherche a été possible grâce à l'aide financière de l'Union européenne
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