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Les petits exploitants agricoles camerounais s’impliquent dans la restauration des paysages forestiers

Arnaud Ngoumtsa, Josephine Makueti and Sven Schuppener
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Fabrication du compost © Josephine Makueti

Le Programme Forêt et Environnement (ProPFE) de GIZ a piloté plusieurs projets de reboisement communautaire dans la région de l’Extrême Nord du Cameroun. Depuis 2017, ils ont testé différentes techniques de réhabilitation des sols et de restauration des paysages à Mogazang, Laf et Moudine. Ces techniques peuvent aider à intensifier la restauration des forêts et des paysages dans une région menacée par la dégradation des sols et la désertification.

Laf est situé dans le Mayo-Kani ; « Mayo » signifie lit de rivière asséché. Ce qui semble être une vaste tranchée vide pendant la saison sèche se transforme en rivière torrentielle dès que les pluies arrivent. Nous visitons Laf au début du mois d’octobre et par hasard nous ne sommes pas mouillés. Au lieu de cela, nous pataugeons dans la boue pour visiter quelques champs. Les propriétaires des champs, un groupe de petits exploitants agricoles nous font faire le tour et nous expliquent comment ils ont restauré les sols dégradés. Nous arrivons sur une parcelle qui était jadis abandonnée. « Un hardé » c’est-à-dire un sol durs et improductif, comme l’explique Adaroung Tchamba, cultivateur.

Nous voulons savoir comment l’agriculture de subsistance peut aider à restaurer les paysages dégradés. En poursuivant notre promenade, nous apercevons les fleurs jaune pâle, d’une espèce appelée crotalaire. Ce n’est pas une espèce endémique, mais c’est une plante très importante. « Elle fournit de l’azote aux cultures principales », explique Adaroung. Il a également adopté la culture intercalaire et la rotation des cultures, par laquelle il combine des espèces telles que Mucuna pruriens, Crotolaria spp et Dolichos lablab (qui fournissent de l’azote au sol) avec des espèces fourragères telles que Bracharia ruriziensis (qui seront utilisées pour nourrir le bétail), des cultures vivrières ( mil, maïs, niébé, riz) et des cultures de rente telles que le coton. Dans une petite pépinière à proximité, les agriculteurs produisent eux-mêmes leurs plants.

Production des plants à Mogazang © Josephine Makueti

Les techniques de compostage avancées rendent les agriculteurs indépendants des engrais chimiques coûteux et la haie vive (Acacia nilotica) autour de leurs champs contribue à empêcher les animaux de pénétrer et de limiter des conflits entre agriculteurs et éleveurs. De plus, la biomasse des haies sert d’engrais supplémentaire pour le champ.

« Les résultats sont incroyables, mes voisins veulent également utiliser toutes ces techniques », explique l’agriculteur Hamidou Diguir.

Mise à l’échelle de la restauration à base communautaire

A ce jour, Adaroung et ses collègues ont réussi à restaurer 6,61 ha de champs abandonnés à Laf et Maoudine. A 50 km de là, à Mogazang, 10 autres ha ont été revitalisés. Josephine Makueti du Programme Forêt et Environnement (ProPFE) de la GIZ a soutenu les paysans avec une série de formations théoriques et pratiques. « Cette année, nous restaurons près de 23 ha, ce qui correspond à la superficie d’environ 32 terrains de football », explique-t-elle.

Ce qui peut sembler négligeable à première vue peut être utilisé dans toute la région. « Ces agriculteurs ont développé des techniques agroforestières localisées très utiles et les ont testées au fil des ans », explique Malin Elsen. Elle est experte en restauration de paysages forestiers à la ProPFE et veut étendre ces approches à plus grande échelle. Makueti et ses collègues ont systématisé ce savoir local et prévoient maintenant de diffuser les modèles de restauration des sols qu’ils ont compilés.

De Laf à Mogazang

Nous continuons vers Mogazang, une petite communauté juste à la périphérie de la capitale régionale Maroua. Ici, près de 80% des adultes impliqués dans la restauration étaient des femmes. Atem Efluetlancha est un conseiller junior et il travaille en étroite collaboration avec les communautés ; il pense que la participation des femmes et des jeunes est la clé d’une restauration réussie du paysage.  « Vous ne verriez pas d’arbres ici si ce n’était pas grâce aux femmes », dit-il en riant. Mogazang est une petite vallée bordée de collines chauves. Le paysage se compose de parcelles agricoles et de zones de pâturage très dégradées. Au fil des ans, les collines ont été dépouillées de leur végétation. Les eaux de pluie et les vents drainent la terre des bassins versants pour envaser les sources d’eau potable. a communauté a donc commencé à reboiser les collines pour protéger le bassin versant.

Moyens de subsistence et restauration en mosaïque

« Nous voulons faire un pas de plus et travailler à la restauration en mosaïque », ajoute Efluetlancha. Surtout dans les zones densément peuplées comme Mogazang où la diversité de l’utilisation des sols limite les possibilités de restauration. La restauration en mosaïque est un concept holistique qui permet d’intégrer les arbres dans les champs et les pâturages. Ainsi, les arbres et les arbustes deviennent une partie productive du paysage et augmentent sa productivité – comme dans le cas de Laf.

« Dans nos pépinières, nous cultivons des espèces locales populaires et adaptées telles que Balanites, Vitellaria, Moringa, Azadirachta » explique Vorom Dedeo, un agriculteur de Mogazang. La communauté utilise également la biomasse herbacée pour la production et la vente de fourrage essentiel à l’alimentation du bétail pendant la saison sèche. « selon la saison, nous vendons une balle de foin jusqu’à 2000 FCFA – ce qui nous permet de gagner notre vie », ajoute Vorom.

Pesage de paille à Mogazang © Josephine Makueti

« Les moyens d’existence locaux doivent être au centre de tout projet de restauration de la forêt et du paysage », affirme Elsen. Elle et ses collègues ont consacré une grande partie de leur temps au renforcement des capacités et à l’évaluation des besoins au niveau local. Ils prévoient maintenant d’appliquer les techniques qu’ils ont développées à Laf et Maoudine à Mogazang et dans d’autres projets de restauration du paysage dans la région.

Cependant, un obstacle prévaut : Le régime foncier. A Mogazang comme presque partout au Cameroun, les titres fonciers n’existent pas. La stratégie nationale de restauration des paysages forestiers récemment adoptée par le pays souligne l’importance de la propriété foncière, pourtant, les litiges fonciers sont généralement réglés par les autorités traditionnelles, religieuses et administratives.

Pour l’instant, le droit coutumier semble être le seul moyen de garantir la propriété foncière. Une autre raison pour Makueti, Elsen et leurs collègues de continuer à travailler avec les communautés locales et leurs dirigeants.

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