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Parmi la plupart des jeunes qui vivent en Afrique subsaharienne, seuls quelques privilégiés peuvent aspirer à étudier en Europe ou aux États-Unis, c’est-à-dire ceux dotés de certains moyens financiers ou suffisamment tenaces pour faire face aux diverses épreuves des strictes conditions à remplir pour être admis dans un établissement d’enseignement et pour obtenir une bourse, comme des interminables méandres administratifs des demandes de visa.

Malgré les obstacles, faire des études dans les pays du Nord global est un investissement qui en attire plus d’un. Enseignement de meilleure qualité, réputation de l’école, restes de l’époque coloniale ou préjugés sociaux – quelle qu’en soit la raison, pour certains étudiants, cela vaut bien plus qu’un diplôme de leur pays.

Et pour les étudiants qui se destinent à une carrière d’enseignant en université, le seul moyen d’y parvenir est parfois le fait d’avoir étudié dans une école du Nord. Selon la Banque mondiale, les universités en Afrique subsaharienne produisent actuellement moins de 1 % des résultats de la recherche internationale, et leur budget recherche et développement représente moins de 1 % du budget R&D de la planète. Étant donné les possibilités de bourses de recherche, la facilité pour publier dans des revues scientifiques internationales et la diversité des accords de collaboration, il n’est donc pas surprenant que de brillants étudiants africains cherchent à s’inscrire dans une université d’un pays du Nord.

Cependant, la situation évolue, et comme certaines universités du continent commencent à obtenir de meilleurs résultats et gagnent en réputation, les jeunes africains se tournent maintenant vers des alternatives régionales. Par exemple, un rapport publié en 2018 par Campus France montre que si l’Europe reste la première destination choisie par les étudiants africains (49 %), elle a perdu un peu de terrain, car 20 % de ceux-ci choisissent maintenant d’étudier en Afrique – principalement en Afrique du Sud, au Ghana, en Tunisie et au Maroc.

Et même si les chiffres restent modestes, c’est en Afrique que le nombre des publications scientifiques augmente le plus vite dans le monde : 38,6 % sur 5 ans de 2012 à 2016. Le nombre d’auteurs africains est aussi en forte hausse : 43 % sur la même période, d’après Elsevier.

ET DANS LE SECTEUR DES FORÊTS, QU’EN EST-IL ?

Le secteur forestier ne fait pas exception. Depuis longtemps, les sommités mondiales dans le domaine des forêts tropicales sont originaires des pays du Nord, mais on note maintenant un intérêt de plus en plus net pour la mise en place d’expertise au niveau local et l’apport d’un point de vue nouveau à la communauté universitaire internationale.

« Les experts nationaux ont une précieuse connaissance du milieu local, des contraintes et de l’économie politique des ressources forestières dans leur pays », a déclaré Robert Nasi, Directeur général du Centre de recherche forestière internationale (CIFOR). « Et une meilleure utilisation de ces ressources en faveur du développement local peut s’avérer une motivation essentielle ; tout ce dont ils ont besoin est d’une aide pour développer cette expertise ».

C’est dans cet esprit que le projet du CIFOR intitulé FORETS (Formation, Recherche et Environnement dans la Tshopo) encadre un programme de master innovant en gestion durable des forêts à l’Université de Kisangani (UNIKIS) en République démocratique du Congo (RDC). Financé par l’Union européenne, ce programme attire du monde entier d’excellents professeurs qui viennent à Kisangani une fois par an pour co-animer un cours intensif avec un enseignant congolais. Les étudiants profitent de l’expérience des professeurs invités, étudient sur deux semaines une seule matière et passent l’examen correspondant.

« Dans notre mode de fonctionnement, un binôme est formé avec un professeur congolais et un autre venant de l’étranger, tous deux spécialistes d’une matière bien précise, et ils conçoivent et organisent un module, assurent les cours et procèdent à l’évaluation des étudiants », explique Paolo Cerutti, scientifique senior au CIFOR. « Cela permet aux étudiants de se confronter à d’autres points de vue internationaux et de côtoyer des érudits bien connus, tout en renforçant les compétences du corps enseignant de l’UNIKIS. »

Ce modèle éducatif innovant se prolonge aussi par des actions de coopération hors des murs de l’université. Le CIFOR et l’UNIKIS travaillent ensemble depuis plus de dix ans, et les scientifiques de ces deux institutions sont co-auteurs de dizaines d’articles.

LE SUD SE TOURNE VERS LE SUD

Le projet FORETS facilite aussi de plus en plus la collaboration entre les universités africaines. Le paysage universitaire africain devenant plus dynamique, des opportunités s’ouvrent pour de nouveaux paradigmes de collaboration, comme la coopération Sud-Sud.

   Benoît Dhed’a Djailo, Recteur de l’UNIKIS, avec Carlos de Wasseige de NUST. Axel Fassio/CIFOR
   (2) Manitra Razafintsalama de l’Université d’Antananarivo lors d’un cours à l’UNIKIS. Axel Fassio/CIFOR

« Nous allons parfois chercher des experts dans les institutions scientifiques des pays du Nord, alors qu’on peut les trouver ici en Afrique, affirme Pionus Katuala, doyen de la Faculté des sciences de l’UNIKIS. « C’est la raison pour laquelle nous sommes en train de développer des partenariats intercontinentaux pour encourager davantage les échanges et la mobilité des étudiants et des enseignants, comme la mise en place de projets de recherche conjoints susceptibles de répondre à des enjeux communs. »

« Madagascar et la RDC, par exemple, ont beaucoup à apprendre l’une de l’autre sur la gestion durable des forêts », poursuit Manitra Razafintsalama, professeur et chercheur en environnement et foresterie à l’École supérieure des Sciences Agronomiques de l’Université d’Antananarivo, qui participe à un projet de coopération universitaire avec l’UNIKIS. À son avis, les étudiants et chercheurs malgaches ont beaucoup à apprendre de la situation du bassin du Congo. « Ils ont des modèles différents des nôtres ; par exemple, nous n’avons pas de concessions forestières à Madagascar. »

« Nous n’avons pas de forêt tropicale en Namibie », indique Carlos de Wasseige, professeur à la Namibia University of Science and Technology (NUST), « cependant, notre université travaille sur la télédétection et les systèmes d’information, ce qui pourrait être utile pour surveiller les changements d’utilisation des sols et la déforestation en Afrique centrale. C’est la raison pour laquelle nous souhaitons renforcer notre collaboration avec l’UNIKIS. »

Mais le programme FORETS et l’UNIKIS ne sont pas des cas isolés. L’African Research Universities Alliance, par exemple, favorise les collaborations de recherche dans des domaines cruciaux pour le développement durable de l’Afrique. Soutenu par l’Union africaine et l’Union européenne, le Programme de mobilité universitaire Intra-Afrique vise aussi à améliorer la qualité de l’enseignement supérieur en Afrique grâce à la mobilité et à l’échange de pratiques, notamment dans le secteur bois-forêt.

« L’avenir de la foresterie tropicale repose sur les connaissances et l’expertise locales. Et la seule façon d’y parvenir est d’investir dans le développement du capital humain de l’Afrique », conclut P. Cerutti.

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Pour plus d'informations sur ce sujet, veuillez contacter Paolo Cerruti à l'adresse courriel suivante P.Cerutti@cgiar.org.
Cette recherche fait partie du Programme de recherche du CGIAR sur les forêts, les arbres et l'agroforesterie, qui est soutenu par les Donateurs Fonds CGIAR.
Cette recherche a été possible grâce à l'aide financière du fond Union européenne.
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