Analyse

Le WWF clarifie son rôle dans le Parc National du Gunung Leuser (Aceh, Indonésie)

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Chers collègues,

Agus Purnomo, du WWF Indonésie, m’a demandé de poster la note suivante qui vise à clarifier leur rôle dans le Parc National du Gunung Leuser, dont il est fait référence dans mon dernier message sur “la folie de l’exploitation forestière” à Aceh. Je le fais avec plaisir. Le rôle de POLEX est d’informer, pas de désinformer et par ailleurs cette note contient bon nombre d’informations utiles.

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Mon cher David,

Merci beaucoup de partager avec nous l’information contenue dans le papier de John McCarthy. Comme d’habitude, POLEX est à la hauteur de sa réputation en tant que source d’analyses académiques sur les problématiques forestières. De fait, John a fait de bonnes observations sur l’implication passée du WWF dans le Parc National du Gunung Leuser. Il cite aussi notre recensement des scieries illégales dans le Parc National de Bukit Tiga Puluh. Cependant, je n’ai trouvé nulle part dans le papier de John de phrase qui conforte votre constat que “…le WWF ne réalisa pas pleinement la force des réseaux locaux et ne put pas offrir aux villageois des alternatives suffisantes, en termes d’emploi et de revenu, à l’exploitation forestière illégale.”

Nous n’avons jamais sous-estimé, ni ignoré le niveau de corruption et l’influence de celle-ci sur tous les acteurs présents dans les zones forestières dont le Bupati (l’autorité administrative locale – ndlr), les officiers de l’armée (et de la police) et certains chefs traditionnels. Les exploitations sauvages ou illégales ont fleuri du fait de la détérioration des capacités de mise en oeuvre et d’application des lois. John McCarthy reconnaît d’ailleurs nos efforts et résultats en ce qui concerne la protection parmi les communautés locales et leurs chefs au travers des forets communautaires de protection et d’autres activités de développement communautaire. Nous avons ouvertement reconnu avoir perdu les premières batailles contre les réseaux d’influence et d’intérêt qui soutiennent l’exploitation illégale. Nous avions engagé cette lutte en sachant pertinemment que nous n’étions qu’un tout petit acteur, sans véritable mandat légal pour combattre l’exploitation illégale.

A notre grande surprise, suite à une requête de l’unité de gestion du Leuser (Leuser Management Unit -LMU) qui conduit le programme de développement du Leuser (Leuser Development Programme -LDP), le Gouverneur d’Aceh nous a demandé d’arrêter nos activités dans le Parc National du Gunung Leuser. A cause de cette lettre du Gouverneur et du manque d’intérêt de nos bailleurs de fonds à soutenir un projet au Leuser puisque l’Union Européenne finançait déjà des activités dans la zone, nous avons arrêté nos activités en 1997. Le WWF et la LMU se sont rencontré plusieurs fois depuis pour clarifier cet incident. Des excuses ont été échangées et acceptées – le cas est clos. Quand les activités d’exploitation forestières augmentèrent dans le Leuser à cause (entre autres) de la crise économique, le WWF n’était déjà plus présent dans la zone.

Votre observation sur notre échec à « générer un meilleur revenu (issu d’activités alternatives) que celui de l’exploitation » est hélas une vérité au début d’une longue guerre contre l’exploitation illégale que, malheureusement, nous n’avons pas pu continuer. « Générer de meilleurs revenus que ceux l’exploitation forestière » n’était pas une stratégie employée par le WWF pour combattre l’exploitation forestière. Le WWF n’est pas opposé à toute exploitation forestière. Nous soutenons les exploitations à faible impact et toutes autres activités visant à une gestion forestière durable. Nous sommes, cependant, contre les pratiques destructives (et illégales) d’exploitation. L’expérience apprise dans une douzaine d’aires protégées de Sumatra, Kalimantan et Java, nous a montré les limitations des activités de développement communautaire, même si elles étaient conçues de façon parfaitement intégrée comme au Kerinci Seblat, dans le combat contre l’exploitation illégale et le braconnage. Les engagements pris par les communautés locales et obtenus grâce aux activités de développement communautaires ont bien souvent été balayés par les nombreuses exploitations légales ou illégales pratiquées par des étrangers à la région. A cause de cela, nous travaillons maintenant avec d’autres organismes de conservation à renforcer la capacité des autorités locales à appliquer les lois sur et dans les aires protégées, par exemple en développant des unités de patrouille anti-braconnage mixtes comprenant des gardes forestiers et des locaux. Grâce à la combinaison d’une véritable application des lois et d’activités de développement communautaires, nous avons ainsi réussi à réduire, dans certains cas, les pratiques destructives (ou illégales) et le braconnage.

Bien cordialement,

Agus Purnomo (WWF Indonesie)

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