Tracer la voie vers un septentrion vert et résilient au Cameroun

Un nouveau programme à l'échelle du paysage au service des communautés et des écosystèmes
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Une femme plante des graines dans une pépinière de reboisement. Photo par Emily Pinna/CIFOR-ICRAF.

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Des savanes arborées au désert du Sahel, des montagnes rocheuses de Mokolo aux basses terres de la région de l’Adamawa, les régions septentrionales du Cameroun sont à la fois d’une beauté exceptionnelle et d’une importance capitale pour le développement du pays. Elles abritent de vastes étendues de paysages pastoraux et agricoles et présentent un potentiel touristique important grâce à la présence d’une faune et d’une flore uniques dans les zones protégées locales – comme les girafes, les éléphants et les oryctéropes dans la réserve de biosphère de Waza, célèbre dans le monde entier.

Mais malgré leurs nombreux atouts, ces régions sont confrontées à des réalités difficiles. Les régions de l’Adamawa, du Nord et de l’Extrême-Nord ont les indicateurs de développement humain les plus bas du pays. Dans la région du Nord, par exemple, le taux de pauvreté est de près de 68 % – bien plus élevé que le taux national de 37 % – et environ 68 % des personnes âgées de 15 ans ou plus sont analphabètes, contre 30 % dans l’ensemble du pays.

Ces régions sont parmi les moins urbanisées du Cameroun et disposent d’infrastructures routières relativement médiocres : par exemple, il faut cinq heures pour parcourir 250 kilomètres entre Garoua (la capitale de la région du Nord) et N’Gaoundéré (la capitale de l’Adamaoua), bien que la route soit asphaltée.

À ce sous-investissement étatique s’ajoutent les tensions entre les différents groupes de population qui y vivent. Les facteurs d’instabilité sont multiples et complexes dans leurs interactions, et seule une approche holistique à travers une stratégie territoriale au niveau du paysage peut tenter d’apporter des solutions durables.

Dans ce contexte, un nouveau programme financé par l’UE – “Cameroun : Septentrion Vert et Résilient (CaSeVe)” – cherche à contribuer à la stabilisation des régions septentrionales et à renforcer la résilience de ses populations vulnérables. “Je pense que CaSeVe pourrait en effet s’avérer une solution possible à certaines de ces réalités difficiles”, explique Philippe Leclerc, chargé de programme pour le développement rural à la délégation de l’Union européenne au Cameroun, lors du lancement du programme le 29 novembre à l’hôtel Ribadou de Garoua.

CaSeVe se concentrera sur deux thématiques prioritaires : la gouvernance des territoires agro-sylvo-pastoraux et des territoires de conservation. Il cherchera également à atténuer les conséquences négatives des problèmes au niveau du paysage tels que le changement climatique, les conflits entre agriculteurs et éleveurs, la mauvaise gouvernance et les lacunes administratives notamment du déplacement des populations vulnérables, en particulier des femmes et des jeunes.

Le programme concentrera ses efforts sur trois paysages clés : le paysage de la vallée du Logone dans la région de l’Extrême-Nord, et les paysages Bénoué-Ouest et Bénoué-Est, qui se trouvent principalement dans la région du Nord avec des extensions dans la région de l’Adamawa.

“Nous avons toute confiance envers le programme CaSeVe et nous ferons de notre mieux pour qu’il produise des résultats concrets”, a déclaré Ann Degrande, coordinatrice pays du CIFOR-ICRAF au Cameroun, lors du lancement. CIFOR-ICRAF jouera un rôle clé dans le premier volet du programme, en consolidant la gouvernance décentralisée et en coordonnant le programme CaSeVe en générale et diverses initiatives dans la région, aux côtés d’autres partenaires du consortium.

Le deuxième volet vise à promouvoir une gestion agro-sylvo-pastorale intelligente face au changement climatiques et à la raréfaction des terres propices aux activités pastorales, tandis que le dernier volet vise à appuyer les acteurs privés et publics de la conservation dans la protection et la valorisation des zones de chasse et des parcs nationaux lorsqu’ils sont fonctionnels, et à identifier puis appuyer les organisations capables de reprendre la gestion des aires protégées aujourd’hui non fonctionnelles ou en grande difficulté.

En fin de compte, le programme vise à rendre les décisions de zonage et de gestion de l’utilisation des terres dans le nord du Cameroun plus informées, plus inclusives, plus transparentes et plus respectées par leur large éventail de parties prenantes. Il vise à restaurer les terres dégradées à travers les paysages focaux et à améliorer la protection du patrimoine naturel.

Lors du lancement, le programme a été présenté aux principales parties prenantes, notamment les autorités régionales et traditionnelles, les délégués de district, etc. “Nous pensons vraiment que ce programme sera une bouffée d’air frais pour la région”, a déclaré le gouverneur de la région du Nord, Jean Abate Edi’i, dans son allocution.

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Le programme CaSeVe est mis en œuvre dans les régions de l’Adamawa, du Nord et de l’Extrême-Nord avec le soutien financier de l’Union européenne. La première composante sera mise en œuvre par le consortium CIFOR-ICRAF, l’Observatoire des Forêts d’Afrique centrale (OFAC) et Care International. La composante deux sera mise en œuvre par l’Agence Française de Développement (AFD), le Programme de Consolidation et de Pérennisation du Conseil Agropastoral (PCP-ACEFA), le Programme d’Appui à la rénovation et au développement de la formation professionnelle dans les secteurs de l’agriculture, de l’élevage et de la pêche (PCP-AFOP) et la Société de développement du coton du Cameroun (SODECOTON). La troisième composante sera mise en œuvre par l’African Wildlife Foundation (AWF), NOE et Conserve Global.

 

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