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Alors que le monde entier est aux prises avec une nouvelle pandémie et avec des incendies et déluges catastrophiques qui sont l’image concrète de la crise climatique, une réalisation importante a été accomplie par le monde scientifique au cœur de la deuxième forêt tropicale plus grande au monde.

S’élançant au-dessus de la canopée à Yangambi, en République démocratique du Congo (RDC), voici la première tour à flux du bassin du Congo qui mesurera par la méthode de covariance de turbulences les échanges de gaz atmosphériques, comme le dioxyde de carbone, entre l’atmosphère et la forêt. Les équipements de pointe de cette structure de 55 mètres de hauteur permettront de calculer le potentiel de ce puits de carbone qui est l’un des filets de sécurité les plus importants au monde contre le réchauffement climatique.

« La tour CongoFlux est essentielle pour connaître la quantité de carbone capturé par les forêts de plaine dans le bassin du Congo, et les dommages qu’ils subissent à cause des sécheresses récurrentes, de la hausse des températures et de la pollution atmosphérique provenant de la combustion de biomasse », déclare le professeur Pascal Boeckx de l’Université de Gand en Belgique (UGent), qui collecte des données dans la zone depuis 2010 et dont l’équipe est chargée de veiller au bon fonctionnement des nouveaux équipements.

Cette tour s’inscrit dans une démarche visant à consolider Yangambi comme centre d’étude de la biodiversité et du changement climatique dans le bassin du Congo, ce projet étant financé par l’Union européenne et la Belgique, avec une mise en œuvre conjointe du Centre de recherche forestière internationale (CIFOR), l’Université de Gand, la société R&SD, l’École Régionale Postuniversitaire d’Aménagement et de Gestion intégrés des Forêts et Territoires tropicaux (ERAIFT), et l’Institut National d’Études et Recherches Agronomiques (INERA).

   La tour CongoFlux est située dans la Réserve de biosphère de Yangambi en RDC, désignée par l'UNESCO en 1977. Photo : Fiston Wasanga/CIFOR

DES DONNÉES FIABLES POUR AFFINER LES POLITIQUES

Les connaissances produites par les équipements de la tour serviront à éclairer de meilleures politiques dans la région et dans le monde.

« Les forêts d’Amazonie et celles du bassin du Congo sont très différentes en termes de structure, d’essences et d’impacts environnementaux ; il est essentiel d’avoir des données in situ précises au lieu de compter uniquement sur des modélisations », explique le professeur Boeckx.

Bien que plus de 600 tours à flux aient été installées dans divers écosystèmes à travers monde entier au cours des 25 dernières années, Congoflux est la première du bassin du Congo. Jusqu’à présent, nous ne disposions pas de données fiables sur l’absorption et le rejet de dioxyde de carbone atmosphérique par la plus vaste forêt tropicale d’Afrique centrale ni sur l’impact produit par le changement climatique mondial sur son fonctionnement et sa croissance.

   L'équipement technique mesurera l'échange de gaz à effet de serre, tels que le dioxyde de carbone, l'oxyde nitreux et le méthane, entre la forêt et l'atmosphère. Photo : Thomas Sibret/UGent
   Pascal Boeckx et son équipe à la tour CongoFlux. Photo : Thomas Sibret/UGent

Les données générées grâce à la tour seront publiques et mises à la disposition des chercheurs du monde entier. Les données sur l’évaporation et les échanges de gaz à effet de serre (dioxyde de carbone, protoxyde d’azote, méthane) entre les arbres et l’atmosphère permettront aux scientifiques de calculer la contribution des forêts à l’atténuation du changement climatique et de mieux comprendre le régime des précipitations en Afrique.

« Nous savons que les forêts tropicales sont d’énormes réservoirs de carbone, mais, pour le moment, personne ne connaît vraiment le volume de dioxyde de carbone réellement absorbé par les forêts du bassin du Congo chaque année », observe le professeur Boeckx. « La première tour de la région qui mesurera les flux à l’aide de la méthode de covariance de turbulence est un outil crucial pour les chercheurs, et par la suite, pour formuler des politiques dans le bassin et alentour à partir de données objectives. »

   La tour Congoflux a été construite par la main-d'œuvre locale à Yangambi. Photo : Fiston Wasanga/CIFOR
   Emmanuel Bulonza installe les équipements techniques de la tour CongoFlux. Photo : Fiston Wasanga/CIFOR

Dépassant largement la ligne des arbres au milieu de l’immensité forestière, cette tour témoigne aussi de l’engagement de la communauté locale, c’est-à-dire des personnes qui l’ont construite, en entretiendront la structure, et qui détiennent entre leurs mains l’avenir de ce paysage.

Debout dans un espace dégagé qui reçoit la lumière du soleil, Emmanuel Muhigwa Bulonza lève les yeux vers la gigantesque tour plantée dans le sol rouge : « Je suis fier de participer à une initiative qui permettra de mieux comprendre, de conserver et d’exploiter nos précieuses forêts de manière durable », confie le doctorant congolais responsable du fonctionnement des équipements de la tour. « Espérons que cela conduira les instances de décision à apprécier et à protéger ce patrimoine forestier, si important pour nos moyens de subsistance, notre région et le monde entier. »

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Cette recherche fait partie du Programme de recherche du CGIAR sur les forêts, les arbres et l'agroforesterie, qui est soutenu par les Donateurs Fonds CGIAR.
Cette recherche a été possible grâce à l'aide financière du Royaume de Belgique grâce à une coopération déléguée avec l’Union européenne.
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