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Vers la formalisation de l’exploitation artisanale du bois d’œuvre en Afrique centrale

Un nouveau projet en RDC et au Cameroun vise à sortir le secteur de l’ombre
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L’exploitation artisanale est généralement réalisée à petite échelle avec des moyens limités. Axel Fassio/CIFOR

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En Afrique centrale, les marchés intérieurs et régionaux du bois d’œuvre sont en plein essor. La croissance démographique rapide, l’urbanisation et le développement économique de la région sont à l’origine de la hausse de la demande interne des sciages, qui dans de nombreux pays est déjà plus importante en volume que l’exploitation industrielle pour les marchés d’exportation.

Mais le faible pouvoir d’achat de la population et l’absence d’exigences des clients quant à l’origine des ressources font que ce marché est majoritairement alimenté par une filière informelle. La demande domestique est alors approvisionnée par des exploitants artisanaux qui, bien qu’organisés, opèrent principalement en dehors des cadres légaux.

Le secteur génère des emplois et des revenus importants en milieu rural et urbain. Par exemple, au Cameroun le sciage artisanal crée 45 000 emplois directs et dégage plus de 20 milliards FCFA, selon une étude du Centre de recherche forestière internationale (CIFOR). Mais ces emplois sont précaires. Les lacunes juridiques signifient que les exploitants artisanaux ont des revenus irréguliers et sont vulnérables à la corruption et aux abus des autorités.

Deux des problèmes de l’informalité sont qu’elle permet difficilement une croissance solide de l’activité pour les entrepreneurs et qu’elle contribue très peu aux recettes publiques, d’après Guillaume Lescuyer, scientifique au Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (Cirad) et chercheur associé au CIFOR. « L’utilisation durable des ressources forestières doit devenir un moteur de développement en Afrique centrale, mais parce que cette filière se déploie dans un contexte incertain et fluctuant, aujourd’hui sa croissance économique est brimée tant pour les opérateurs que pour l’Etat », a-t-il ajouté.

Par ailleurs, cette situation entraîne la déforestation et la dégradation des forêts, selon Richard Eba’a Atyi, le coordonnateur régional du CIFOR en Afrique centrale. « L’exploitation artisanale est largement négligée par les systèmes de gouvernance forestière au profit du secteur industriel, donc il est difficile d’adopter des politiques pour minimiser ses impacts environnementaux, » a-t-il expliqué.
« Si la filière continue à opérer dans l’ombre, il sera difficile d’envisager la durabilité. »

   Dans quelques pays d'Afrique centrale, le volume de bois vendu sur les marchés intérieurs est supérieur aux exportations. Ollivier Girard/CIFOR

Une transformation du marché intérieur

Pour remédier à cette situation, le CIFOR a lancé le projet « Promouvoir et formaliser l’exploitation artisanale du bois d’œuvre en Afrique centrale (PROFEAAC) » qui sera mis en œuvre d’ici la fin de 2023. Financé principalement par le Fonds Français pour l’Environnement Mondial, il propose une approche intégrée de formalisation et de développement de l’exploitation artisanale du bois d’œuvre, allant de la gestion de la ressource ligneuse aux demandes de sciages dans les marchés domestiques.

En premier lieu, le projet vise à renforcer les capacités des exploitants artisanaux pour conduire une activité légale en obtenant un permis ou titre, ainsi que développer leurs compétences commerciales et financières pour améliorer leurs conditions de vie.

« Les exploitants artisanaux de bois d’œuvre sont les premiers intéressés à formaliser leurs activités, notre rôle sera donc de les accompagner, » a expliqué Liboum Mbonayem, chercheur au CIFOR.

Pour ce faire, il faut aussi valoriser l’exploitation artisanale dans les stratégies de développement des entités territoriales décentralisées, selon L. Mbonayem. « Impliquer les élus et administrations locaux dans la mise en œuvre des permis d’exploitation artisanale pour le marché local sera crucial pour améliorer la gouvernance à long terme. »

Afin de soutenir la formalisation du point de vue des consommateurs, le projet aussi promouvra des demandes de sciages légaux sur les marchés privés et publics. À travers des stratégies de communication et plaidoyer, le CIFOR veut accroître le nombre de consommateurs particuliers et des secteurs public et privé sensibles à l’origine des sciages sur le marché domestique.

« À la fin de ce projet, nous voulons avoir augmenté la part de bois légal vendu dans les marchés urbains » a expliqué G. Lescuyer. « Nous irons non seulement sensibiliser les sources d’approvisionnement, mais aussi les différentes catégories d’acheteurs dans les grandes villes. »

Finalement, dans le but de minimiser la contribution de l’exploitation artisanale à la dégradation des forêts, le projet vise à élaborer des méthodes à faible coût d’estimation et de suivi des impacts environnementaux, ainsi que promouvoir des mesures locales de régénération et de reboisement des espèces ligneuses et d’agroforesterie.

« Notre objectif final est de réduire la dégradation du couvert forestier du domaine rural en Afrique centrale en formalisant et en rationalisant l’exploitation artisanale du bois, » a dit R. Eba’a Atyi.

Les pays cibles

Le projet se déroulera au Cameroun et en République démocratique du Congo (RDC), où le volume de sciage artisanal est estimé à près de 2,1 millions et 3,4 millions de mètres cubes (équivalent bois rond) par an, respectivement.

Cependant, bien que les deux pays aient des marchés intérieurs de bois d’œuvre très importants, leurs systèmes de gouvernance et les caractéristiques de la demande appellent des solutions différenciées.

Au Cameroun, le projet a choisi deux sites pilotes dans l’Est et le Centre qui approvisionnent les marchés de Yaoundé. L’objectif sera de promouvoir des Permis d’exploitation du bois d’œuvre (PEBO), une disposition prévue dans la loi forestière de 1994 qui permet aux opérateurs artisanaux d’exploiter et de commercialiser un volume de bois correspondant à leurs moyens techniques et financiers.

En RDC, le projet se focalisera dans la province de la Tshopo et les marchés qu’elle approvisionne, surtout Kisangani. Dans ce pays, deux options de titre seront expérimentées, le Permis de Coupe Artisanale (PCA) pour une exploitation individuelle et la Concession Forestière des Communautés Locales (CFCL) dans le cadre de la foresterie communautaire.

Pour atteindre ces objectifs, un partenariat solide avec les gouvernements est indispensable. « Le Ministère des forêts et de la faune au Cameroun, et la Coordination provinciale de l’environnement et du développement durable de la Tshopo en RDC sont en effet nos principaux partenaires institutionnels dans la mise en œuvre de ce projet, » a rappelé R. Eba’a Atyi.

Mais d’autres partenaires du projet tels que le CIRAD, l’Institut de recherche pour le développement (IRD), Tropenbos RDC et Ilexa-Bois (une association d’exploitants artisanaux) aussi fourniront d’assistance technique. « Ce pool de compétences est nécessaire pour déployer une approche intégrée de valorisation et de formalisation de cette filière, » a conclu G. Lescuyer.

Cette recherche fait partie du Programme de recherche du CGIAR sur les forêts, les arbres et l'agroforesterie, qui est soutenu par les Donateurs Fonds CGIAR.
Cette recherche a été possible grâce à l'aide financière du Fonds français pour l’environnement mondial.
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