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Le virus Ebola réapparaît dans une zone que les scientifiques avaient prédit être « très favorable » pour l’épidémie

La cartographie biogéographique est efficace pour détecter les régions épidémiques potentielles de la maladie mortelle.
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Une infirmière mettre son équipement de protection pendant l’épidémie d’Ebola 2013-2016 en Afrique de l’Ouest, qui a fait plus de 11.000 victimes. Photo : UNMEER / Martine Perret

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Democratic Republic of the Congo - République démocratique du Congo – L’Ebola, le virus hémorragique mortel qui peut tuer jusqu’à 90% de ceux qu’il infecte, a récemment réapparu en République démocratique du Congo. Selon les scientifiques, la zone où la flambée épidémique s’est produite (la région reculée de Bikoro dans la province septentrionale de l’Equateur) se situe dans des zones jugées très favorables pour la maladie.

Cette flambée épidémique a déjà fait 19 victimes, dont trois professionnels de la santé, selon l’Organisation Mondiale de la Santé. Depuis 1976, il s’agit de la neuvième apparition du virus en RDC, le chiffre le plus élevé de tout le pays.

Dans le cadre d’une étude de quatre ans, des scientifiques du Centre pour la recherche forestière internationale (CIFOR) et l’Université de Malaga ont travaillé sur le développement d’un observatoire biogéographique : une carte qui utilise des données sur les tendances de la déforestation et la fragmentation de la forêt, la présence d’espèces potentiellement porteuses du virus, et le climat pour prévoir avec plus de précision les zones à haut risque d’épidémie.

« La bonne nouvelle, même si je ne veux pas l’appeler ainsi, c’est que la zone où le virus Ebola est apparu est située dans la zone que nous avions prévue comme étant à haut risque », explique John E. Fa, l’associé principal du CIFOR qui dirige le de projet avec directeur général du CIFOR, Robert Nasi.

« Notre intérêt est de développer une vision plus télescopique des problèmes, pas seulement microscopique. Nous avons des informations différentes pour mieux prédire où les épidémies vont se produire », ajoute-t-il.

L’observatoire s’appuie sur des projets de cartographie dans l’Afrique centrale et occidentale que l’équipe a menés sur deux facteurs : espèces et déforestation.

« Dans le travail que nous avons fait, nous avons utilisé une analyse biogéographique qui nous a permis d’examiner la distribution des espèces liées au virus Ebola, ou supposées être des réservoirs », explique Jesus Olivero de l’Université de Malaga, « nous avons trouvé environ 21 espèces qui peuvent être liées ».

Les espèces réservoirs, explique-t-il, sont des espèces qui portent la maladie mais ne sont pas affectées, comme la chauve-souris fruitière, qui est le coupable le plus suspect de la propagation du virus. « Il y a de plus en plus de preuves que les chauves-souris sont celles qui font la transmission. Nous avons donc observé leur distribution en Afrique et nous avons réalisé qu’elle est très liée à la présence humaine. C’est un problème majeur, parce que la possibilité de contagion est alors plus élevée ».

De la même façon que le virus est transmis à l’homme, les chauves-souris peuvent également propager la maladie à d’autres mammifères, par exemple en mangeant un fruit qui tombe ensuite sur le sol forestier et est ensuite mangé par un primate. Compte tenu de la crise d’Ebola de 2014 dans l’Afrique occidentale, l’Institut Jane Goodall a rapporté que le virus Ebola a causé la mort d’un tiers des gorilles et des chimpanzés dans le monde depuis les années 1990.

Mais identifier le virus avec certains animaux est moins importante que effectuer un zoom arrière pour voir la propagation globale des transporteurs.

« La province de l’Equateur est très fertile, avec beaucoup d’espèces de mammifères, comme les bonobos », dit J. E. Fa, « mais parce qu’une espèce particulière se trouve dans une zone où le virus Ebola est apparu, cela ne signifie pas nécessairement qu’elle est responsable. C’est mieux de ne pas penser à des animaux spécifiques en tant qu’émetteurs, c’est ce que nous avons trouvé avec notre carte de favorabilité ».

La déforestation non seulement met les gens en contact plus étroit avec ces espèces, mais elle change également l’équilibre viral des paysages forestiers et des espèces hôtes qui s’y trouvent. Cela augmente la façon dont les virus semblent apparaître soudainement chez différentes espèces à différents moments.

Enfin, les scientifiques utilisent aussi les données météorologiques pour observer comment 21 oscillations climatiques différentes (des phénomènes climatiques récurrents tels que El Niño) se superposent aux flambées épidémiques passées. « Nous avons trouvé que l’un d’eux en particulier, l’oscillation du Pacifique, semble avoir une relation avec les épidémies d’Ebola », explique J. Olivero, en soulignant que les causes de cette relation sont encore en train d’être explorées. « Nous pouvons supposer que si, par exemple, le virus a besoin des conditions sèches, une oscillation vers des conditions plus sèches pourrait permettre au virus de devenir plus actif ».

Une fois l’observatoire créé, les chercheurs espèrent que les organisations de développement l’emploient pour éviter les zones à haut risque dans la planification de la conversion des forêts, et que les organismes de santé publique l’utilisent comme système d’alerte précoce.

« Je sais que cela semble très idéaliste de parler d’activités conjointes », dit J. E. Fa, « mais nous nous pouvons dire aux gens où sont les endroits susceptibles. Ensuite, c’est à une équipe de personnes de faire un plan pour éviter ces zones, ou d’aider les départements de santé publique à faire face à la maladie ».

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Pour plus d'informations sur ce sujet, veuillez contacter John E. Fa à l'adresse courriel suivante jfa949@gmail.com.
Cette recherche fait partie du Programme de recherche du CGIAR sur les forêts, les arbres et l'agroforesterie, qui est soutenu par les Donateurs Fonds CGIAR.
Cette recherche a été possible grâce à l'aide financière du fond de l'Agence des États-Unis pour le développement international (USAID).
 
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