Analyse

Des tronçonneuses dans la pharmacie?

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Vous vous sentez fatigués ces derniers temps ? Ou peut-être avez-vous souffert d’un rhume ou de toute autre infection ? Vous pourriez aussi avoir des problèmes plus graves, un ulcère ou du diabète. Si c’est le cas, vous n’êtes pas seul. Tout le monde est malade un jour ou l’autre et a besoin d’aide.

Pour un pourcentage étonnamment élevé de la population du globe, cette aide provient de plantes médicinales, en partie pour des raisons culturelles et en partie parce que c’est généralement moins cher que les médicaments des grandes compagnies pharmaceutiques. Certains personnes utilisent aussi des plantes pour traiter certaines maladies encore considérées comme incurables par la médecine occidentale.

Beaucoup de ces plantes médicinales sont aisément accessibles. Les femmes les cultivent dans leurs jardins ou elles poussent naturellement aux alentours. Cependant certaines plantes importantes deviennent rares à cause de l’exploitation du bois, d’une récolte excessive ou de la déforestation et la santé de nombreuses familles s’en trouve menacée.

Depuis une décennie, Patricia Shanley du CIFOR et Leda Luz de l’institut forestier de l’Etat de Minas Gerais au Brésil ont étudié ce problème en amazonie. Leurs résultats, présentés dans un article de Bioscience sous le titre «The Impacts of Forest Degradation on Medicinal Plant Use and Implications for Health Care in Eastern Amazonia» sont plutôt inquiétants.

Les auteurs se concentrant sur la ville de Belém ont trouvé que la plupart des 1,7 millions d’habitants utilisent des plantes médicinales pour traiter une large gamme de maladies. Les marchés, les boutiques, les pharmacies, les stations-services, et les vendeurs à la sauvette vendent plus de deux cent sortes de plantes dont près de la moitié pousse naturellement en amazonie. Les principales officines de la ville réalisent à elles seules plus d’un million de ventes annuelles, générant plusieurs millions de dollars de chiffre d’affaire, et les ventes augmentent rapidement. Certaines plantes sont juste vendues telles quelles mais on trouve de plus en plus de capsules, poudres, extraits et shampoings.

Huit des douze plantes les plus vendues à Belém proviennent de la forêt. Les compagnies forestières utilisent cinq de ces arbres pour le bois d’oeuvre et cela a considérablement réduit leur disponibilité. Plusieurs arbres, importants pour la pharmacopée, sont particulièrement vulnérables à l’exploitation forestière car ils poussent lentement et en faible densité. Une quantité plus faible de ces arbres signifie un accès réduit à la ressource pour les populations rurales et des prix plus élevés pour les produits pharmaceutiques qui en sont issus : écorces, racines ou huiles essentielles. La vie des malades devient alors plus difficile.

Les politiciens aiment parler au sujet de la santé car ils savent que tout le monde est concerné. Malheureusement ils se concentrent trop sur les médicaments, souvent coûteux, de la pharmacopée occidentale et pas assez sur les plantes vers lesquelles tant de gens se retournent quand ils tombent malades. Pour sortir les tronçonneuses de nos "pharmacies" naturelles, cela doit changer.

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Pour obtenir une copie électronique gratuite du document en format pdf ou word, vous pouvez écrire à Titin Suhartini ( mailto:t.suhartini@cgiar.org ). Pour envoyer vos commentaires ou vos questions aux auteurs, vous pouvez écrire à Patricia Shanley ( mailto:p.shanley@cgiar.org )