Analyse

En Inde, les villages ont besoin de “pouvoir” pas simplement de “participation”

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Le programme indien de "gestion forestière conjointe" (joint forest management) a largement été encensé, donnant aux communautés un plus grand contrôle sur les forêts et une part plus élevée des revenus forestiers. Les services forestiers des Etats signent un accord avec des représentants locaux dans lequel le Gouvernement promet de financer la planification

locale, les gardes forestiers, les pépinières forestières, etc. et d’ autoriser les résidents à garder une partie des revenus de la vente des produits forestiers. Les représentants locaux acceptent de conserver leurs forêts et de suivre les règles du programme. La Banque Mondiale et d’autres bailleurs de fonds ont dépensé des centaines de millions de dollars dans ces programmes.

Dans beaucoup d’endroits, les résultats ont probablement été positifs. Cependant, Madhu Sarin dans son papier « Disempowerment in the name of participatory forestry ? Village forests joint management in Uttarakhand, publié dans le bulletin Forests, Tree and People de la FAO, montre les dangers d’appliquer un modèle unique à des contextes variés et des schémas participatifs qui ne tiennent pas compte de ce que font déjà les populations locales.

En 1958, le conseil forestier élu de Pakhi reçu le droit de gérer une forêt de 240 ha dans laquelle les femmes avaient l’habitude de ramasser du bois de feu, du fourrage, de la litière et bien d’autres produits pour leurs familles. Pendant des années, l’association locale pour le bien-être des femmes a contrôlé la forêt. Elle décidait comment utiliser celle-ci et payait une femme garde pour infliger les amendes aux personnes qui ne respectaient pas les règles. Le salaire de cette garde forestière était payé par des contributions volontaires. Tant que les femmes ont géré la forêt celle-ci est restée en bonne condition.

Quand le programme de gestion conjointe (Village Forests Joint Management program) est arrivé à Pakhi en 1999, les femmes ont perdu le contrôle sur leur forêt, remplacées par les hommes qui pourtant n’avaient jusqu’alors montré que peu d’intérêt pour la forêt. Ils utilisèrent l’argent du projet pour recruter trois gardes forestiers hommes et licencièrent la femme-garde.

Des conflits éclatèrent au sujet des fonds pour le plan forestier et les pépinières. Les décisions importantes ayant trait à l’usage de la forêt sont maintenant prises par le service forestier. L’association pour le bien-être des femmes a été marginalisée ; hommes et femmes du villages sont virtuellement devenus de simples salariés. Les villageois ont besoin de cet argent mais il n’ont pas réalisé qu’il ne sont plus à même de gérer leur forêt. Il semble aussi que personne n’ait consulté les femmes lorsque les autorités du village acceptèrent d’entrer dans le programme.

La région de l’Uttarakhand dans l’Uttar Pradesh compte plus de 6 000 forêts communautaires comme celle de Pakhi. Les études montrent qu’en moyenne ces forêts ont performé aussi bien ou mieux que les forêts classées gérées par le Gouvernement. Près de 50% des foyers ruraux de la région dépendent des terres communautaires et des forêts pour leur subsistance et environ 40% des chefs de familles sont des femmes.

Le programme de gestion forestière conjointe semble bien joli sur le papier.

Malheureusement, les villageois de Pakhi ne vivent pas sur le papier !

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Pour obtenir une copie électronique gratuite du papier de Sarin, contacter Dina Hubidin ( mailto:d.hubidin@cgiar.org ) Pour des commentaires ou des questions à l’auteur, vous pouvez écrire à Madhu Sarin ( mailto:msarin@satyam.net.in ).