Analyse

Forêts et pauvreté ?… pas si simple !

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Bon nombre d’entre nous sont gênés par des affirmations telles que « la pauvreté est la cause de la déforestation » ou «la déforestation condamne les pauvres ». La vérité est moins simple qu’il n’y parait comme le montre Ken Chomitz dans un rapport récent publié par la Banque Mondiale « At Loggerheads?: Agricultural Expansion, Poverty Reduction, and Environment in the Tropical Forests ».

Chomitz y rassemble une grande quantité de données empiriques et d’analyses provenant de ses propres recherches et de celles d’autres scientifiques (dont un bon nombre de chercheurs du CIFOR). Ces recherches montrent de façon constante que de nombreuses variables viennent obscurcir une éventuelle relation claire entre couvert forestier et pauvreté. Par exemple, il convient de distinguer taux et densité de pauvreté. Les zones de grande pauvreté sont bien associées à des couverts forestiers importants mais les faibles densités de population dans ces zones impliquent que le nombre absolu de pauvres y est relativement petit.

De plus les accès aux marchés et services ont tendances à être difficiles dans ces zones reculées, ce qui présente des obstacles à une conversion profitable des forêts ou à la recherche d’autres voies de sortie de la pauvreté. Il est donc plus utile de comprendre le couple « fort taux de pauvreté » et « faible taux de déforestation » comme une fonction de l’éloignement plutôt que d’assumer une relation causale entre les deux.

Chomitz résume ce qui est connu au sujet de l’impact de facteurs tels que les variations de prix, de salaires, de technologie et de tenure foncière sur le destin des forêts et des populations locales. Dans la plupart des cas, la réponse est « ça dépend ». Pour certains facteurs cependant la réponse est moins ambigüe. Ainsi une extension des réseaux routiers ruraux est-elle presque toujours associée à des gains pour les pauvres et des pertes pour la forêt.

Son rapport propose des recommandations pour trois types de situation : mosaïques forêt-agriculture, fronts pionniers et zones de conflits et zones au-delà du front agricole. Sans véritable surprise, ces solutions pour réaliser les opportunités « gagnant-gagnant » de protéger la forêt et réduire la pauvreté ou pour gérer les compromis nécessaires dans les situations « gagnant-perdant » se résument souvent à une amélioration des institutions et de la gouvernance. Le rapport insiste fortement sur la nécessité de clarifier et de sécuriser la tenure foncière et l’accès aux ressources et sur le potentiel de certains instruments économiques pour l’incitation et la régulation.

Chomitz voit un grand potentiel pour les marchés de carbone en tant qu’instrument de réduction de la déforestation et de la pauvreté ; peut-être d’ailleurs de façon trop simpliste. Les pays industrialisés devraient être prêts à payer les pauvres cultivateurs afin qu’ils ne convertissent pas leurs forêts et aident ainsi à minimiser les effets du changement climatique avec le bénéfice supplémentaire d’une protection de la biodiversité. Les négociations pour la mise en place d’un accord international sur tel un régime de financement s’annonce déjà plus que difficile mais le réel défi sera de s’assurer que les politiques nationales de contrôle de la déforestation seront pensées de sorte à ne pas nuire aux pauvres mais à les aider.

Alors que de plus en plus de bailleurs de fonds sont étroitement focalisés sur la réduction de la pauvreté, il est devenu tentant pour ceux concernés par la protection des forêts de faire comme si les deux allaient la main dans la main. Le rapport de Chomitz est un rappel que ce n’est pas nécessairement le cas.

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Vous pouvez télécharger le rapport de Chomitz à l’adresse suivante : http://www.worldbank.org/tropicalforestreport/ (cliquez sur « Full Text »). Si vous avez des difficultés à télécharger le rapport intégral vous pouvez demander une copie électronique du résumé (en anglais, français, espagnol et portugais) à tropicalforestreport@worldbank.org