Analyse

« Forêts-dépendants » ou agriculteurs ?

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Je passe pas mal de mon temps à essayer de convaincre les gens que les familles rurales pauvres ont besoin des forêts et des arbres. Ceci principalement parce que la plupart des urbains n’ont aucune idée de ces besoins (bois de feu, plantes médicinales, nourriture…) et de combien il est important, voire vital, pour les populations rurales de ne pas perdre ces ressources. J’utilise aussi fréquemment le terme « dépendants » pour expliquer la relation entre ces populations rurales et les forêts.

Cependant, si on ne fait pas assez attention, il peut être (trop) facile de partir de ce constat pour négliger le fait que la plupart de ces gens sont aussi des cultivateurs et des éleveurs, pas simplement des utilisateurs de produits forestiers. C’est particulièrement important pour convaincre les services forestiers ou de conservation de ne pas systématiquement déplacer ces gens hors des zones que les gouvernements ont décidé être des « forêts » et d’y interdire toute forme d’agriculture… puisque ce sont des populations « dépendantes » des produits forestiers !

C’est ce qui inquiète Andrew Walker. Dans « Seeing farmers for the trees: Community forestry and the arborealisation of agriculture in northern Thailand », il montre que les champions de la foresterie communautaire exagèrent la dépendance de certains villageois vis-à-vis de leurs forêts afin d’obtenir une reconnaissance de leurs droits sur ces forêts. Mais il montre aussi que ces champions minimisent leurs activités agricoles pour la même raison.

Walker n’a pas de problèmes avec la reconnaissance des droits des villageois mais il ne pense pas que toute la forêt doive subitement devenir une forêt communautaire. Les villageois devraient au contraire obtenir des titres individuels sur certaines zones afin de pouvoir y faire de l’agriculture. Sinon, ils pourraient se retrouver « sans terres » et le rêve communautaire se transformer en cauchemar.

Les inquiétudes de Walker s’appliquent particulièrement aux pays d’Asie où les services forestiers ont déclaré domaine forestier permanent de grandes zones totalement dépourvues d’arbres et sur lesquelles les gens font des cultures. Le cas est aussi fréquent dans le contexte des territoires indigènes, des forêts communautaires et des réserves extractivistes en Amérique Latine lorsque les gouvernements n’ont pas prêté assez attention aux besoins des populations en matière d’agriculture.

Nous devons certes continuer d’accroître la prise de conscience des agences de développement au sujet de l’importance des ressources forestières pour les populations rurales. Mais Walker a raison de nous rappeler qu’il ne faut pas oublier les besoins de ces mêmes populations en terres agricoles. Les gouvernements feraient bien d’ores et déjà de supprimer de leur domaine forestier permanent des zones cultivées depuis des années et aussi de prévoir de l’espace pour l’agriculture lors de la mise en place de forêts communautaires.

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Pour obtenir une copie électronique gratuite au format pdf des ou envoyer commentaires et questions aux auteurs vous pouvez écrire à Andrew Walker (andrew.walker@anu.edu.au).

Les références complètes de l’article sont : Walker, A. 2004. Seeing farmers for the trees: Community forestry and arborealisation of agriculture in northern Thailand, Asia Pacific Viewpoint 45 (3): 311-24.