Analyse

Des femmes dans le parc…

Partager
0

Sujets liés Articles

Les Parcs Nationaux sont peut-être bénéfiques pour les animaux mais pas toujours pour les gens et tout spécialement pour les femmes. Les Parcs restreignent de facto les activités traditionnelles. Comme généralement les femmes ont moins de ressources que les hommes et éprouvent plus de difficultés à changer leurs activités, elles trouvent souvent très difficile de s’adapter aux nouvelles régulations imposées par la présence d’un Parc National.

Bifa et Ebianemeyong au Cameroun sont de bonnes illustrations de cela. Ces deux villages retinrent l’attention des chercheurs car les femmes y exprimaient de façon inhabituellement virulente leur opinion au sujet du Parc National de Campo Ma’an tout proche. « Women in Campo Ma’an National Park » par A.M. Tiani, G. Akwah et J. Nguiebouri raconte l’histoire de ces femmes.

Jusqu’à récemment, les femmes de Bifa gagnaient la plupart de leur argent liquide de la vente de viande de brousse dans la ville et la plantation d’hévéa voisines. Les hommes chassaient mais le commerce était essentiellement une affaire de femme et elles empochaient une bonne part des gains.

Puis le gouvernement créa le Parc National et des écogardes commencèrent à ennuyer les femmes en confisquant la viande. Ils allèrent même jusqu’à entrer dans les cuisines pour surveiller la préparation des repas. Personne ne s’est soucié d’expliquer clairement à ces femmes les nouvelles règles ou de leur dire où se trouvaient exactement les limites du Parc National.

Les écogardes ne réussirent vraiment pas à stopper la chasse mais maintenant les gens doivent s’infiltrer discrètement dans le Parc National pour acheter la viande directement aux chasseurs et les commerçantes se trouvent de facto au « chômage ».

A Ebianemeyong, le gouvernement a interdit aux habitants d’utiliser la route vers la ville parce qu’elle traverse le Parc et constitue donc une voie d’accès possible aux braconniers. De fait, ceux-ci utilisent rarement cette route sur laquelle il est facile de se faire prendre et les véritables perdants sont encore une fois les femmes qui ne peuvent plus envoyer leurs récoltes au marché ou leurs enfants malades chez le médecin.

Dans les deux villages, les femmes ont bien compris qu’elles n’arriveraient pas à se débarrasser du Parc. A Bifa ce qu’elles demandent c’est que les gestionnaires du Parc définissent clairement les zones interdites à la chasse et cessent de les importuner quand la viande ne provient pas de ces zones. Les femmes d’Ebianemeyong sont même prêtes à aider les autorités pour barrer l’accès aux braconniers ou exploitants forestiers illégaux, du moment qu’elles obtiennent quelques emplois et une aide locale. Cela ne semble pas une demande exorbitante. Les Parcs Nationaux ne peuvent pas toujours contribuer à réduire la pauvreté mais, à tout le moins, ils ne devraient pas l’augmenter.

 

(Visited 16 times, 1 visits today)
 

Lisez aussi

Pour obtenir une copie électronique gratuite de l’article au format PDF, vous pouvez la demander à Rahayu Koesnadi ( mailto:r.koesnadi@cgiar.org )

Pour envoyer vos commentaires ou questions aux auteurs, vous pouvez écrire à Anne-Marie Tiani ( mailto:a.tiani@cgiar.org )

Ce texte est un des chapitres d’un livre consacré aux problèmes d’équité et de forêts. La référence complète du chapitre est: A.M. Tiani, G. Akwah, and J. Nguiebouri. 2005 "Women in Campo-Ma’an National Park: Uncertainties and Adaptations in Cameroon", pp. 131-149, In The Equitable Forest (C. Colfer, editor), Washington D.C. Resources for the Future and CIFOR.

Vous pouvez acheter le livre en ligne à Resources For the Future Press (http://www.rff.org)