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Suivre les financements : selon un rapport des Nations Unies, les forêts peuvent contribuer à la reprise mondiale

« La bioéconomie circulaire est fondamentale » – Robert Nasi
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Mesure de la circonférence d’un Funtunia Africana dans une réserve forestière près de Masako. Kisangani, République démocratique du Congo. CIFOR/Ollivier Girard

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Une nouvelle étude compile les dernières statistiques alarmantes sur les forêts, et présente un argument mathématique en faveur de leur rôle central dans l’instauration d’une économie mondiale inclusive, résiliente et durable.

En effet, non seulement les forêts combattent les défis posés par le changement climatique et la prédisposition humaine aux maladies, mais elles abritent la biodiversité et génèrent des revenus, tout en améliorant les systèmes alimentaires et les chaînes de valeur « verts ».

D’après les estimations, plus de la moitié du produit intérieur brut (PIB) mondial, soit 84,4 billions de dollars en 2020, dépend des services écosystémiques, dont ceux fournis par les forêts, selon le rapport « La situation des forêts du monde 2022 », lancé lundi par l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) en marge du Congrès Forestier Mondial qui se tient à Séoul (Corée du Sud).

Pour Robert Nasi, directeur général du Centre de recherche forestière internationale et du Centre international de recherche en agroforesterie (CIFOR-ICRAF), « bien que ce dernier rapport ne soit pas surprenant en ce qui concerne la recherche, il détaille une ligne d’action promue depuis longtemps par le CIFOR-ICRAF, et fournit une feuille de route financière à suivre pour les décideurs politiques et le secteur privé.

Maintenant, l’essentiel reste la mise en œuvre. En dépit de nombreux discours, l’objectif semble toujours hors de portée. Nous devons voir ces engagements éphémères devenir réalité, avec des orientations spécifiques pour les gouvernements et les entreprises ».

Les forêts représentent 31 % de la surface terrestre, soit plus de 4 milliards d’hectares, mais cette superficie ne cesse de se réduire, puisqu’au moins 420 millions d’hectares ont été déboisés depuis 1990.

Et si les taux de déforestation — dont au moins 90 % sont dus à l’expansion agricole — ont baissé, 10 millions d’hectares sont défrichés chaque année, indique le rapport, qui est publié tous les deux ans par la FAO sur la base des derniers chiffres de l’agence et des recherches sur les tendances forestières mondiales.

L’arrêt de la déforestation est potentiellement l’une des actions les plus rentables pour atténuer le changement climatique et empêcher que les températures mondiales moyennes n’augmentent de plus de 1,5 degré Celsius par rapport à l’ère préindustrielle.

Mettre fin à la déforestation, un engagement pris au fil des ans dans le cadre d’accords onusiens non contraignants, et plus récemment lors des négociations climatiques de la COP26 à Glasgow, serait un moyen rentable d’éviter les émissions de gaz à effet de serre qui contribuent au réchauffement planétaire, soit comme le détaille le rapport, 14 % de l’effort supplémentaire qui serait à fournir d’ici à 2030 pour maintenir le réchauffement de la planète en dessous de 1,5 degré Celsius.

Pour R. Nasi, « regarder le sable s’écouler dans le sablier au fil du temps est effrayant. Le changement climatique est là, et nous sommes aux premières loges pour l’observer. Nous avons fait valoir ailleurs que le Protocole de Montréal de 1987 (le traité environnemental le plus abouti, qui a interdit la production de chlorofluorocarbones) devrait être utilisé comme modèle ».

« Cet accord fixait un calendrier obligatoire pour l’élimination progressive des principales substances appauvrissant la couche d’ozone et prévoyait un soutien financier pour les pays du Sud », a-t-il ajouté avant de préciser : « Bien que les premières réactions aient été largement dédaigneuses, les entreprises ont rapidement développé des alternatives aux produits chimiques nocifs ».

Pour rester dans la fourchette de 1,5 degré Celsius, comme le recommande le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) de l’ONU et comme le détaille l’Accord de Paris de 2015, les activités humaines doivent atteindre la neutralité carbone à l’horizon 2050. Un objectif réalisable si les émissions directes dues à la perte de biomasse sont évitées et si la capacité d’absorption du carbone des forêts est maintenue, indique le rapport.

Flux de financement

Le financement total nécessaire pour mettre fin à la déforestation, restaurer les terres dégradées et mettre en place des chaînes de valeur durables doit tripler d’ici à 2030 et quadrupler d’ici à 2050 pour atteindre les objectifs de neutralité en matière de climat, de biodiversité et de dégradation des terres. Le financement requis pour la seule création et gestion des forêts étant estimé à 203 milliards de dollars par an d’ici à 2050, ajoute le rapport.

Si les subventions agricoles, qui s’élèvent actuellement à près de 540 milliards de dollars par an, sont restructurées pour englober l’agroforesterie et les forêts, les effets néfastes inhérentes à 86 % d’entre elles pourraient être évités, indique le rapport.

« Nous ne devons pas seulement nous concentrer sur la préservation des forêts primaires, mais aussi restaurer les forêts secondaires et les terres dégradées pour en faire des plantations destinées à l’agroforesterie et à la bioénergie, partout où cela a un sens sur le plan environnemental et financier », a souligné R. Nasi avant de rappeler : « Il est reconnu que la restauration et d’autres options naturelles pourraient apporter plus d’un tiers de la solution à la crise climatique ».

Les petits exploitants agricoles produisent 80 % des denrées alimentaires dans le monde, dont 35 % sont produits par des propriétaires disposant de moins de 2 hectares de terres. Les petits exploitants, les communautés locales et les peuples autochtones possèdent ou gèrent au moins 4,35 milliards d’hectares de forêts et de terres agricoles. Par ailleurs, on estime qu’ils produisent des produits agricoles et forestiers d’une valeur allant de 869 à 1.29 milliards de dollars par an.

Toujours selon le rapport de la FAO, des études montrent que 91 % de l’ensemble des terres autochtones et des terres communautaires se trouvent dans un état écologique bon ou moyen. Ce qui indique un grand potentiel pour réduire la déforestation et améliorer les forêts avec un bon rapport coût-efficacité. De plus, il existe actuellement plus de 8,5 millions d’organisations de producteurs qui peuvent contribuer à soutenir la relance verte.

Pourtant, moins de 2 % des fonds destinés à l’action climatique mondial parviennent effectivement aux petits exploitants agricoles, aux peuples autochtones et aux communautés locales des pays en développement. Par conséquent, la mobilisation des investissements en faveur des petits exploitants, notamment pour réduire les risques perçus par les investisseurs, constitue une approche stratégique croissante.

« Malgré la pression générale exercée sur les peuples autochtones, les communautés locales et les communautés à faible revenu qui dépendent des forêts, nous ne manquons pas de financements. On estime que les gouvernements dépensent 1 800 milliards de dollars annuels en dépenses militaires et plus de 5 000 milliards de dollars en subventions pour les énergies fossiles, mais seulement environ 50 milliards de dollars pour la restauration des paysages. Il est temps pour la société de repenser ses priorités pour assurer un avenir meilleur », a constaté R. Nasi.

Bioéconomie circulaire

Les entreprises des chaînes de valeur forestières devront devenir des partenaires essentiels dans le développement des économies circulaires, indique le rapport, ajoutant que nombre d’entre elles élargissent déjà la gamme des produits forestiers en tant que substituts des matériaux à plus fortes émissions de gaz à effet de serre et augmentent l’efficacité de la transformation. Les producteurs et transformateurs forestiers locaux peuvent tirer davantage de bénéfices en renforçant les liens avec les acheteurs et en développant les capacités via des organisations de producteurs.

Le rapport estime que les bio-industries non alimentaires connaîtront un taux de croissance annuel de 3,3 % jusqu’en 2030, date à laquelle leur production atteindrait 5 000 milliards de dollars. Les bioproduits d’origine forestière, notamment les produits biochimiques, les bioplastiques et les fibres textiles, pourraient contribuer à cette croissance avec des avantages environnementaux potentiels. Par exemple, chaque kilo de carbone contenu dans les textiles cellulosiques manufacturés (dérivés du bois) qui remplaceraient un textile non dérivé du bois pourrait permettre d’éviter un volume d’émissions allant jusqu’à 2,8 kg de carbone, souligne le rapport.

Par ailleurs, le rapport recommande d’écologiser le système financier public national, de faire en sorte que le financement du climat fonctionne pour les approches forestières, de développer des portefeuilles de projets de qualité et de soutenir les investissements dans la transformation du bois à valeur ajoutée dans les pays d’origine. L’écologisation des marchés financiers au moyen d’outils de réglementation et de mécanismes de surveillance est également recommandée.

Des modèles de financement mixtes public-privé pourraient permettre de réduire les risques liés aux investissements du secteur privé qui présentent une valeur publique importante mais des profils risque/rendement insuffisamment attrayants. Les obligations vertes se développent mais à ce jour seulement 3 % d’entre elles sont axées sur des approches fondées sur la nature, indique le rapport.

« La tâche la plus urgente pour un avenir durable et l’atténuation du changement climatique est de réduire la consommation et les émissions de gaz à effet de serre. Mais, il est également crucial de commencer à utiliser le bois plus efficacement à des fins pour lesquelles le bois a un avantage comparatif du point de vue de la durabilité et de l’économie circulaire », a mentionné R. Nasi.

La consommation mondiale annuelle de l’ensemble des ressources naturelles devrait plus que doubler, passant de 92 milliards de tonnes en 2017 à 190 milliards de tonnes en 2060, en raison de la croissance démographique et de l’augmentation du niveau de vie, fait savoir le rapport.

Les entreprises engagées dans les chaînes de valeur forestières doivent devenir des partenaires dans le développement de bioéconomies circulaires, qui substituent les produits forestiers aux matériaux ayant une empreinte carbone plus élevée, tels que le ciment et le plastique, et augmentent l’efficacité de la transformation, ajoute le rapport.

Les exploitants forestiers et les entreprises de transformation au niveau local peuvent obtenir plus d’avantages en renforçant leurs liens avec les acheteurs et en se dotant de capacités accrues grâce aux organisations de producteurs.

« Nous ne devons plus attendre, nous n’avons plus de temps à perdre », a martelé R. Nasi avant de conclure : « Notre mission est claire : nous devons passer d’une économie basée sur les énergies fossiles à une bioéconomie circulaire basée sur la nature, et tout le reste suivra ».

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