Prix du chocolat, Côte d’Ivoire et le Programme Héritage d’Abidjan

Dr Christophe Kouamé, Chercheur, explique les problèmes chroniques qui font grimper les prix mondiaux du chocolat. Le Programme Héritage d’Abidjan jouera un rôle important dans leur résolution.
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La culture du cacao en Côte d’Ivoire. ICRAF

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« La production de cacao, principal ingrédient du chocolat, dont la Côte d’Ivoire, en est le premier pays producteur mondial, est confrontée à d’énormes défis en raison de la dégradation massive des paysages causée par une mauvaise gestion de la santé des sols, la réduction des terres boisées et l’attaque par les ravageurs et les maladies », a déclaré Dr Christophe Kouamé, agronome et Directeur-pays du Centre International de Recherche Forestière et du Centre International de recherche en agroforesterie (CIFOR-ICRAF).

Dr Kouamé s’exprimait à la quinzième Conférence des Parties à la Convention des Nations Unies sur la lutte contre la désertification (COP15) à Abidjan, en Côte d’Ivoire, le 18 mai 2022.

La restauration des paysages de production de cacao est la clé pour inverser la dégradation dramatique des sols, l’utilisation généralisée de pratiques agricoles non durables, réduisant les moyens de subsistance des communautés rurales ainsi que les services écosystémiques dans la boucle du cacao en Côte d’Ivoire.

« Au cours des 50 dernières années, le pays a perdu près de 90 % de ses forêts naturelles », a déclaré Dr Kouamé. « Au cours de la même période, la Côte d’Ivoire a dominé la production mondiale de cacao, contribuant à environ 40 % de la production annuelle, fournissant au marché du chocolat un produit estimé en 2019 à près de 44 milliards de dollars. »

En Côte d’Ivoire, le secteur du cacao représente 15 % du PIB ; on estime que 1 million de petits exploitants et plus de 6 millions d’autres personnes sont actifs tout au long de la chaîne de valeur. Pourtant, malgré son importance, le secteur du cacao est assiégé par les défis causés par la dégradation des paysages cacaoyers, notamment par une récente épidémie du virus dévastateur du swollen shoot, les variations climatiques et les pratiques agricoles non durables.

Tous ces facteurs ont conduit à de faibles rendements des plantations de cacao, à une augmentation des prix à l’échelle mondiale et à l’appauvrissement des petits exploitants qui n’ont pas assez à vendre pour joindre les deux bouts.

« En raison de ces problèmes, il est nécessaire de revitaliser la communauté cacaoyère et de restaurer les paysages de cacao pour un avenir durable », a déclaré Dr Kouamé

   Dr Christophe Kouamé lors de la session parallèle sur les leçons et perspectives de la restauration des vergers cacao en Côte d’Ivoire à la COP 15 le 18 mai 2022. Photo: ICRAF Côte d’Ivoire.

Dans ce contexte, le Gouvernement ivoirien a lancé un ambitieux programme multipartite dénommée le Programme Héritage d’Abidjan lors de la COP15 pour renforcer la durabilité à long terme des principales chaînes de valeur tout en protégeant et en restaurant les forêts et les terres, et en améliorant la résilience des communautés au changement climatique.

Le Programme Héritage d’Abidjan se veut être un creuset vertueux dans lequel les gouvernements et le secteur privé intensifient mutuellement leurs ambitions en matière de durabilité dans les principales chaînes de valeur des produits de base, tels que le cacao, l’huile de palme, le caoutchouc, la noix de cajou, ainsi que le café et le coton. Ce programme invite les États membres à réévaluer et à renforcer les chaînes de valeur de leurs produits de base afin qu’elles soient plus durables et résilientes en Côte d’Ivoire et au-delà.

Les activités visant à remédier à la situation que le Programme Héritage d’Abidjan pourrait bien encourager comprennent la promotion des bonnes pratiques et l’adoption accrue du cacao « Mercedes », une variété améliorée de cacao Theobroma, l’arbre à partir duquel le chocolat est fabriqué, qui est produit par le Centre National de Recherche Agronomique. Cette variété présente plusieurs avantages dont la précocité, le rendement élevé et la résistance à certaines maladies et ravageurs du cacaoyer.

Une grande partie du travail de World Agroforestry dans le secteur du cacao a été réalisée en étroite collaboration avec Mars Inc, une entreprise qui, en 2009, s’est engagée à n’acheter que du cacao certifié d’ici 2020; et est le seul grand chocolatier à travailler avec les trois principaux organismes de certification : UTZ, Rainforest Alliance et Fairtrade International.

« Notre collaboration avec Mars sur la transformation du secteur s’est traduite par le projet Vision For Change, une initiative financée par Mars qui a été mise en œuvre par World Agroforestry », a déclaré Dr Kouamé, qui dirige le projet en Côte d’Ivoire. « Vision For Change a aidé les producteurs de cacao à augmenter durablement leur productivité et leur rentabilité et a contribué au développement durable de leurs communautés. »

L’approche du projet Vision For Change visait la restauration des vergers de cacao dégradés, ce qui a conduit à des augmentations rapides et massives de la productivité des anciens peuplements de cacao. L’inclusion d’arbres d’ombrage sélectionnés pour les fruits, le bois et d’autres produits forestiers non ligneux a stimulé les revenus des petits exploitants et a offert une couverture contre la fluctuation des revenus du cacao ainsi qu’une assurance pour les dépenses importantes, telles que les mariages ou les funérailles.

« Le potentiel transformateur de ces interventions largement biophysiques a été démontré à des échelles convaincantes », a déclaré Dr Kouamé. « Le défi consiste maintenant à développer des moyens pour les petits exploitants à capturer une plus grande part de la chaîne de valeur du cacao. Il faudra intégrer des mesures biophysiques, sociales, foncières et économiques pour inverser les tendances actuelles en matière de faible productivité, de taux élevés de déforestation, de bas prix à la ferme et de prix élevés du chocolat. »

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