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La plupart des Camerounais sont encore peu intéressés par la légalité du bois qu’ils achètent. Sur les 860 mille mètres cubes de sciages vendus chaque année sur le marché national, 75% sont d’origine informelle. Les acheteurs privés et les petits entrepreneurs constituent la grande majorité de consommateurs de bois à l’échelle nationale, selon des recherches du Centre de recherche forestière internationale (CIFOR).

« On a souvent l’impression que le gouvernement et les grosses entreprises constituent les plus gros acheteurs de bois sur le marché domestique », explique Guillaume Lescuyer, expert du CIFOR-CIRAD. « Cependant ils ne représentent en fait qu’un faible poids par rapport aux demandes totales des particuliers et des petites entreprises informelles comme les charpentiers, les ébénistes ou les menuisiers ».

C’est pourquoi le changement du comportement de ces consommateurs est devenu une priorité importante pour la promotion du bois légal sur le marché intérieur.

Un nouvel article du CIFOR montre pour la première fois que les campagnes médiatiques peuvent avoir un impact sur les intentions d’achat de bois chez ces particuliers en faveur de la légalité du bois. L’équipe de recherche a mené ces travaux suite à la campagne médiatique intitulée « Le bois légal, c’est génial », réalisée à Yaoundé en 2018 dans le cadre du projet Essor des demandes publiques et privées en sciages d’origine légale au Cameroun. La campagne comprenait des activités de sensibilisation telles que la diffusion d’un spot publicitaire sur les médias sociaux, des émissions radiophoniques, de la publicité à la radio et à la télévision, la distribution de prospectus aux marchés, l’affiche public, entre autres.

L’effet combiné de l’altruisme et de la pression sociale

Les résultats de l’étude montrent que les moyens de communication ont tous eu un impact positif sur les intentions d’achat des consommateurs de bois.

« Le premier motif qui explique ce changement d’attitude provient de la volonté des consommateurs camerounais à préserver les forêts, lutter contre le changement climatique et garantir le bien-être des générations futures », explique Bienvenue Belinga, auteur principal de l’étude et stagiaire au CIFOR au moment de l’étude.

« La pression sociale perçue est la seconde variable influant sur les intentions d’achat des consommateurs. Elle renvoie au comportement des groupes de référence (les autorités, les parents et les amis) vis-à-vis du bois d’origine légale, et que l’on cherche à imiter, à reproduire », ajoute-t-il.

Dans le cadre de l’Accord de Partenariat Volontaire (APV) du Plan d’action sur l’application des réglementations forestières, la gouvernance et les échanges commerciaux (FLEGT) de l’Union européenne, le Cameroun s’est engagé à exporter le bois et les produits dérivés d’origine légale. Le même engagement avait été pris pour le bois destiné au marché local. Dès lors, des experts nationaux et internationaux ont entamé un plaidoyer pour pousser l’État à respecter ses engagements.

Depuis décembre 2020, l’utilisation du bois légal est désormais obligatoire dans la commande publique. Cette décision renforce la « pression sociale perçue », selon B. Belinga. « Rendre obligatoire l’utilisation du bois légal pour les commandes publiques est un signal important tant pour les offreurs que les demandeurs. Cela pourrait inciter les offreurs à s’ajuster pour offrir davantage du bois légal et les consommateurs à se conformer », ajoute-t-il.

Un effort de longue haleine

Suite à l’expérience positive de cette première campagne, le CIFOR entend continuer la sensibilisation du public à l’achat du bois d’origine légale.

« Ce sera un travail de longue haleine, avec plusieurs campagnes de sensibilisation, car il faut beaucoup de temps pour changer une habitude de consommation », dit G. Lescuyer. Mais le contexte est porteur en Afrique centrale, où un public grandissant se tourne vers la consommation verte ou les circuits courts d’approvisionnement. La promotion du bois légal auprès du grand public s’inscrit donc dans la même dynamique que de très nombreuses initiatives de soutien aux produits durables à destination des consommateurs nationaux.

Cette recherche a été possible grâce à l’aide financière de l’Union européenne, la Suède et UK Aid à travers le Programme FAO-UE FLEGT. Les opinions qui y sont exprimées ne peuvent en aucun cas être considérées comme reflétant la position officielle de l’Union européenne.

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Cette recherche fait partie du Programme de recherche du CGIAR sur les forêts, les arbres et l'agroforesterie, qui est soutenu par les Donateurs Fonds CGIAR.
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