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La sécurité alimentaire des communautés dépendantes de la viande sauvage est mise en péril par les lampes de poche LED

Les scientifiques appellent à l’utilisation de stratégies de chasse durables
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Emanuel Balisa Akangi se prépare à une chasse dans la forêt. Photo : Axel Fassio/CIFOR

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Les lampes de poche équipées de LED (diodes électroluminescentes) ont facilité les prises d’animaux lors des chasses de subsistance de nuit dans les forêts tropicales ; une situation qui met en évidence le besoin de politiques de chasse durables pour préserver la vie sauvage et réduire le risque d’insécurité alimentaire.

Bien que la technologie des lampes LED ne soit pas nouvelle, ces dernières sont plus facilement disponibles depuis quelques années, et plus abordables que les lampes de poche équipées d’ampoules à incandescence, qui épuisent rapidement les piles.

Les LED, plus lumineuses, augmentent l’efficacité des prises de chasse du fait que l’animal est coupé dans son élan et se fige (ces techniques sont connues sous les termes de « spotlighting » ou « lamping » en anglais), facilitant la visée et le tir avec un fusil, un arc ou tout autre projectile pointu, expliquent les auteurs d’une nouvelle étude scientifique publiée dans la revue Frontiers in Ecology and the Environment.

« Pour des millions de personnes des pays du Sud, la viande sauvage constitue la principale source de protéines », indique John E. Fa, expert scientifique senior associé au Centre de recherche forestière internationale (CIFOR), professeur à la  Manchester Metropolitan University britannique et l’un des auteurs de l’étude, menée sous l’égide de l’Université du Suffolk.

« L’examen des effets de l’utilisation des LED dans la chasse a permis aux scientifiques de mieux cerner les risques d’extinction qui menacent les espèces – cette recherche souligne l’importance de mettre œuvre des techniques de chasse durables qui garantissent la sécurité alimentaire », poursuit-il.

Les chercheurs ont compilé 13 années de données et interviewé 120 chasseurs au Brésil, Gabon et Pérou entre 2016 et 2017. Ils ont interrogé 58 chasseurs pratiquant la chasse de subsistance et commerciale au Pérou, 32 chasseurs pratiquant la chasse de subsistance au Brésil et 30 chasseurs au Gabon, pratiquant principalement la chasse commerciale, afin de dresser un tableau des risques que fait peser une chasse plus efficace, induite par les plus fortes capacités lumineuses des LED, sur la faune sauvage.

Dans les trois pays, selon cette étude, la plupart des chasseurs qui utilisent des lampes de poche LED – 69 pour cent – ont indiqué qu’ils abattaient plus d’espèces pendant les chasses de nuit que lorsqu’ils utilisaient les lampes à incandescence. Les espèces les plus communément chassées de nuit au Brésil et au Pérou incluent le paca, le cervidé (Mazama spp), le tatou (Dasypus spp) et le tapir terrestre. Au Gabon, les chasseurs traquent le porc-épic à queue en brosse (Atherurus africanus) et diverses espèces de céphalophes (Cephalophus spp).

« Notre étude révèle que ces lampes ont augmenté l’efficacité des chasses de nuit dans les zones tropicales de trois pays, et que les populations locales chassent maintenant plus souvent la nuit et abattent un nombre plus important d’animaux nocturnes », explique J. Fa. « Ces conclusions nous portent à croire que les prélèvements de viande sauvage se sont intensifiés sur l’ensemble des tropiques. »

Les lampes de poche ne sont pas les seules à influencer la chasse, certains chasseurs des pays en développement utilisent aussi des projecteurs, des LED infrarouges et des équipements à vision nocturne, des outils déjà couramment utilisés par les chasseurs des pays du Nord.

Dans certains cas, la chasse, qui était surtout pratiquée de jour, s’est transformée en une activité nocturne. L’étude cite l’exemple de la réserve de développement durable d’Amana au Brésil, où, avant l’introduction des lampes de poche LED, les prises de tapir terrestre déclinaient en raison d’une chasse excessive. Désormais, la prise par unité d’effort – la mesure standard utilisée par les scientifiques – augmente, et cette tendance semble se confirmer sur toute la région de l’Amazonie.

« Le paca est vendu sur les marchés et dans les restaurants des villes, et compte tenu de la lenteur de leur rythme de reproduction, ils sont localement menacés d’extinction », continue J. Fa. « Une gestion locale permettrait de prévenir le risque de perte d’espèces qui représentent des calories et des protéines vitales. »

Les scientifiques préconisent d’établir des zones de non-prélèvement, de changer les quotas et de limiter les permis de chasse des espèces vulnérables ; des efforts qui devraient être soutenus par des actions locales.

« La mise en place d’une cogestion communautaire donne des résultats intéressants : les communautés locales prennent des décisions sur la gestion, et mettent en œuvre des efforts de conservation avec le soutien de « cogestionnaires » appartenant aux pouvoirs publics, aux organisations non gouvernementales ou aux institutions académiques de certaines régions », observe-t-il.

« Dans ce cas, l’augmentation de la prise par unité d’effort est souvent détectée, surtout lorsque de nouvelles pratiques de chasse sont adoptées. »

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Cette recherche fait partie du Programme de recherche du CGIAR sur les forêts, les arbres et l'agroforesterie, qui est soutenu par les Donateurs Fonds CGIAR.
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