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La raréfaction des produits forestiers et ses causes

Comparaison pantropicale des moteurs de la dégradation des ressources forestières dans 233 villages
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Les villageois ramassent du bois près du parc national Mount Halimun Salak à Java, en Indonésie. Aulia Erlangga/CIFOR

Dans les pays en développement, les petits exploitants et les communautés rurales tirent environ un quart de leurs revenus de la forêt environnante. Mais une étude récente indique que ces ressources se raréfient et que leur volume est en diminution.

La hausse de la consommation des produits forestiers et la déforestation sont les principales raisons de cette raréfaction, ce qui fait peser une menace sur la ressource et les moyens de subsistance des populations, selon cette nouvelle étude.

« Nous observons une tendance à la dégradation de la ressource au fil du temps », affirme Sven Wunder, économiste sénior au Centre de recherche forestière internationale (CIFOR). Wunder a analysé les données du Réseau Pauvreté et Environnement (PEN) du CIFOR, qui, depuis le lancement de son étude pantropicale en 2004, a recueilli des informations auprès de plus de 8 000 ménages dans 24 pays.

« J’ai été surpris de voir que tant de villages, soit neuf sur dix, montraient des signes d’appauvrissement de la ressource en cinq ans seulement », déclare Wunder.

Les résultats révèlent qu’il est nécessaire de s’intéresser de plus près à la pérennité des pratiques de gestion forestière des communautés ainsi qu’aux futurs impacts de la dégradation des forêts.

« Puisque ces communautés vivent directement grâce aux ressources forestières, les conséquences peuvent être préjudiciables », souligne la principale auteure de cette étude, Kathleen Hermans-Neumann de l’UFZ-Helmholtz Center for Environmental Research de Leipzig en Allemagne. « Si les ressources naturelles sont en voie d’épuisement, il s’avère difficile de trouver des moyens de subsistance sur le plan local. »

DES RESSOURCES PLUS RARES

L’étude a porté sur l’exploitation de six types de ressources forestières : bois de chauffage et charbon de bois, bois de construction et d’industrie, plantes alimentaires, plantes médicinales, fourrage, et autres, dans 233 villages des zones tropicales et subtropicales d’Asie, d’Afrique et d’Amérique latine.

Si la plupart des études de l’utilisation des ressources villageoises ont été menées localement, la base de données du Réseau PEN permet aux chercheurs d’examiner les tendances pantropicales, selon Hermans-Neumann.

Dans le cadre des enquêtes du PEN, qui ont été réalisées entre 2005 et 2010, les villageois étaient interrogés à savoir si la disponibilité de ces ressources forestières clés avait changé au cours des cinq dernières années, et si oui, quelles étaient les raisons de ce changement.

Les trois ressources forestières les plus importantes mentionnées par les villageois étaient le bois de chauffage et le charbon de bois, le bois de construction et d’industrie, et les plantes alimentaires. Le fourrage et les plantes médicinales étaient moins cités, bien que 75 % des villageois aient signalé exploiter au moins l’une ou l’autre de ces ressources.

Globalement, dans 209 villages sur 233, les habitants ont déclaré avoir observé une diminution des ressources concernant au moins un produit forestier, tandis que dans 87 villages il a été constaté que l’ensemble des produits forestiers était moins abondant que par le passé.

En revanche, dans 89 villages, au moins un produit forestier a été signalé en plus grande quantité. Dans certains cas, il s’agissait de bois de chauffage et l’augmentation était due au déboisement et non pas nécessairement à une gestion plus durable.

Les deux principales causes du déclin des ressources forestières étaient une hausse de la consommation (en grande partie suite à l’accroissement de la population villageoise) et la destruction de la couverture forestière. La croissance de la population était attribuée à l’immigration et à un taux de natalité élevé.

Les deux principales causes du déclin des ressources forestières étaient une hausse de la consommation (en grande partie suite à l’accroissement de la population villageoise) et la destruction de la couverture forestière.

Les villages qui enregistraient une augmentation de la quantité de produits forestiers disponibles avaient un taux de croissance de population plus faible et signalaient une exploitation moins importante des ressources forestières. Ces résultats viennent à l’appui de l’idée « néo-malthusienne » qu’une population en augmentation conduit à la surexploitation et à un déclin des ressources, notamment alimentaires. Cette théorie porte le nom de Thomas Robert Malthus, qui en est à l’origine à la fin du XVIIIe siècle.

Selon un autre point de vue, appelé « néo-Boserupien » d’après l’économiste danoise Ester Boserup, les personnes réagissent à la raréfaction des ressources en cherchant de meilleurs modes de gestion.

LA GESTION DES RESSOURCES

Bien que l’étude semble renforcer la théorie néo-malthusienne, ses résultats montrent que le régime foncier dans les forêts peut jouer un rôle dans le ralentissement de la dégradation des ressources forestières. Là où au moins un tiers de la forêt appartenait à la communauté, on notait une diminution moins importante de la quantité des produits forestiers.

Les populations peuvent être motivées à changer leurs pratiques de gestion de leurs forêts lorsqu’elles constatent un déclin du volume des produits forestiers, remarquent les auteurs.

« La transition entre la forêt en accès libre et la forêt communautaire gérée se produit souvent quand la dégradation de la ressource prend de l’ampleur », écrivent-ils.

Les auteurs préviennent que les données du PEN sont fondées sur les perceptions des populations par rapport aux changements qui touchent leurs forêts, plutôt que sur des mesures scientifiques des stocks de ressources. Cependant, Wunder affirme que la cohérence des résultats dans un si grand nombre de villages indique que ces perceptions sont probablement valables.

Néanmoins, il ajoute que des études comparatives avec mesures sur le terrain de la qualité des ressources forestières pourraient livrer des enseignements supplémentaires sur l’ampleur de la dégradation, ses moteurs et l’impact sur les moyens de subsistance des habitants.

Hermans-Neumann explique qu’elle aimerait examiner de plus près l’évolution de la population, et surtout « pourquoi on constate une immigration et dans quelle mesure l’utilisation des ressources par les nouveaux arrivants est différente de celle de la population locale. »

En attendant, les conclusions de cette étude peuvent tirer la sonnette d’alarme pour les décideurs et les gestionnaires des forêts qui idéalisent peut-être la situation, imaginant que les petits exploitants et les communautés vivent en harmonie avec leurs ressources naturelles sans les épuiser.

« Apparemment, l’usage que font globalement les communautés locales des forêts et de leurs produits n’est pas entièrement durable », précise Hermans-Neumann. « La gestion forestière communautaire peut parfois remédier avec succès à cela, mais ce n’est pas toujours le cas. Maintenant que nous en savons davantage sur les moteurs de la dégradation, nous sommes mieux en mesure de nous atteler aux priorités en vue d’une gestion améliorée. »

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